L'avis de... Xavier Hovasse, gérant actions émergentes chez Carmignac Gestion

« Nous privilégions les pays émergents où la hausse des taux est achevée »

le 10/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Etes-vous prudents vis-à-vis des marchés émergents ?

Notre allocation d’actifs dépend de notre vision macroéconomique globale. Notre diagnostic à long terme, selon lequel les marchés émergents sont les plus prometteurs, demeure inchangé. Leur bilan est beaucoup plus sain que celui des pays développés. Les ménages et les Etats y sont moins endettés, ce qui leur laisse des marges de manœuvre en cas de nécessité de relance. Nous estimons d’ailleurs que leurs devises vont s’apprécier car leur dynamique de croissance dépasse nettement celle des économies occidentales. Pour autant, à court terme, même si la valorisation de leurs actions est attrayante, nous restons prudents. La volatilité des places émergentes, toujours corrélées aux marchés des pays développés, peut être forte. Or l’entrée des économies européennes et américaine dans un cycle électoral peut provoquer quelques vagues. Ensuite, les investisseurs sont toujours dans l’attente de la confirmation de la croissance aux Etats-Unis. Ils scrutent les publications des indicateurs de conjoncture, en particulier ceux du marché du travail. S’ils sont décevants, ils peuvent réagir rapidement. Autre risque extérieur, la crise européenne est loin d’être réglée, même si les LTRO* ont effacé une partie du risque systémique.

Dans quel pays préférez-vous investir aujourd’hui ?

A court terme, nous sommes prudents sur l’Inde qui est notée « investment grade » (« BBB ») de justesse. La croissance de cette économie est trop fragile. Les réformes fiscales entreprises sont décevantes. Le déficit public mal contrôlé se creuse. Surtout, le déficit courant s’accroît, fragilisant la balance des paiements. L’Inde est un pays importateur de pétrole et si les cours de l’or noir restaient longtemps à des niveaux élevés, la roupie pourrait être rapidement fragilisée. L’inflation pourrait alors repartir à la hausse. Nous privilégions les pays où le cycle de hausse des taux s’est achevé, comme au Brésil, et où la politique monétaire recommence à s’assouplir, comme en Chine. Nous surpondérons aussi les actions de pays comme l’Indonésie ou des pays dits « frontières » - la Colombie, le Pérou, les Philippines ou l’Arabie Saoudite - faiblement endettés, dotés d’importantes réserves, aux perspectives de croissance robustes.

L’Arabie Saoudite pourrait-elle être prochainement classée par MSCI ?

Son classement pourrait prendre plus de temps que prévu car la fin des restrictions d’investissement destinées aux étrangers prend du retard. Une fois ces restrictions levées, la Bourse d’Arabie Saoudite, qui performe très bien depuis janvier et est composée de capitalisations gigantesques comme Sabic, entrerait directement dans le MSCI Emergents sans passer par la catégorie « marchés frontières ».

*Opération de refinancement à long terme

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