L’avis de… Karina Litvack, responsable ISR chez F&C Investment

« Nous poussons les régulateurs à initier des réformes »

le 10/03/2011 L'AGEFI Hebdo

F&C Investments a développé une démarche d’engagement il y a dix ans. Comment est organisée votre activité ?

Nous agissons sur environ 6.000 entreprises, soit pour le compte de gérants maison, soit pour des sociétés de gestion tierces à qui nous proposons donc un service de conseil en engagement et en droit de vote. Cela comprend l’envoi d’une lettre différenciée selon les régions et les secteurs d’activité à l’ensemble des entreprises dans lesquelles nos clients sont investis, et une série de dialogues plus ou moins intensifs portant sur des thèmes précis liés aux risques opérationnels spécifiques à chaque entreprise. Néanmoins, notre activité ne se limite pas aux seules sociétés. Bien souvent, la loi ne suit pas l’évolution des meilleures pratiques. Notre rôle est donc de pousser les régulateurs à initier des réformes.

Votre démarche est perçue comme particulièrement volontariste...

Nous optons pour un mélange équilibré de dialogues discrets et de pression. Les discussions sont menées sur plusieurs années car il est toujours complexe de changer ce qui est pratiqué de longue date. En cas de situation de blocage, il nous arrive d’avoir recours à d’autres actionnaires pour augmenter la pression. Si nous votons systématiquement les propositions de résolution déposées par d’autres actionnaires, c’est une démarche que je n’encourage pas en raison des fortes contraintes juridiques qui entourent cette pratique. Sans parler de l’hostilité que cela introduit dans des rapports que nous voulons à tout prix garder constructifs. Nous avons néanmoins déjà déposé une résolution lors de l’assemblée générale d’Abercrombie & Fitch, une chaîne américaine de vêtements prêt-à-porter, en raison d’une politique d’approvisionnement inadéquate que nous cherchions depuis quatre ans à moderniser, sans succès.

Contrairement aux gérants français, les Américains n’hésitent pas à utiliser le levier public…

Les gestionnaires américains n’hésitent en effet pas à communiquer auprès de la presse, alors que cela n’est résolument pas le cas en Grande-Bretagne, où la discrétion prime. Même si nous éditons des communiqués de temps à autre à destination des journalistes, nous optons pour un mode de communication orienté sur un dialogue personnel mais également sur la mise à disposition de rapports publics sur un thème, une région, une entreprise… qui sont systématiquement envoyés à ladite société, de laquelle nous attendons la mise en place de solutions. Ces reportings détaillés sont non seulement le moyen d’avoir un impact sur les sociétés, mais également de rendre compte de notre action auprès de nos clients.

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