L'avis de... Thierry Million, directeur de la gestion de taux chez AllianzGI Investments Europe

« Nous évitons les parties extrêmes de la courbe des taux »

le 06/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Le Bund peut-il toujours être considéré comme une valeur refuge ?

Même si la fuite vers la qualité n’a pas été aussi efficace pendant la crise irlandaise que lors de la crise grecque, le statut de valeur refuge du Bund n’est pas remis en cause. Cherchant à réduire la diversification géographique de leurs portefeuilles aux pays de la zone euro les plus fragiles, les investisseurs se recentrent sur leur pays de résidence et sur l’Allemagne. Le Bund demeure attractif tant du point de vue fondamental que du point de vue technique. La qualité intrinsèque de la dette allemande est renforcée par le remarquable dynamisme de l’économie germanique. Son déficit budgétaire reviendra très rapidement vers les 3 % préconisés par le Pacte de stabilité. Ensuite, l’effet rareté et la liquidité de la dette allemande continueront de la soutenir. La hausse récente de ses taux est davantage liée à celle des taux américains. Les marchés ont fait le choix de la réussite de la politique quantitative de la Réserve fédérale destinée à accélérer la croissance et à contrecarrer le risque de déflation.

Le pire est-il déjà anticipé concernant les pays périphériques ?

Le pire n’est jamais certain. Les remèdes appliqués aujourd’hui soignent les effets et non les causes du mal. La mise en place des fonds de soutien, qui organise le transfert des montants de dettes vers des « mains » réputées plus solvables, n’a en rien diminué les montants d’emprunts qui, au contraire, continuent d’augmenter. Confrontés à une montée des risques, les investisseurs exigent tout naturellement un surplus de rémunération. Ils considèrent déjà le Portugal comme le prochain candidat à l’aide européenne et du Fonds monétaire international. Le vrai défi pour l’Europe sera l’Espagne. Si ce pays est contraint de solliciter l’aide européenne, le stress des marchés serait poussé à son paroxysme. Exposée à une évolution conjoncturelle fragile et à un possible effondrement de l’immobilier, l’Espagne pourrait être confrontée aux phénomènes autoréalisateurs des marchés souvent nourris par le manque de transparence.

Dans quelles dettes européennes investissez-vous ?

Nous investissons dans les titres publics les mieux notés en favorisant l’Allemagne par rapport à la France. A propos des maturités choisies, nous évitons les parties extrêmes de la courbe des taux, notamment la maturité 2 ans. Elle nous paraît chère dans une perspective de moyen terme où la Banque centrale européenne pourrait normaliser sa politique monétaire. Nous restons aussi à l’écart des échéances à 30 ans dont les taux nominaux sont faibles au regard des incertitudes concernant l’inflation à long terme.

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