L'analyse de... Florence Legros, professeur à l'Université Paris Dauphine

Une notation des systèmes de retraite

le 14/11/2013 L'AGEFI Hebdo

Mercer a publié début octobre son désormais habituel « Melbourne Mercer global pension index ». L’indice note sur 100 la qualité du système de retraite de 20 pays et confirme la grande diversité des systèmes dans toutes leurs dimensions. Les notes de la cuvée 2013 s’échelonnent de 42 (Indonésie) à 80,2 (Danemark). La moyenne s’établit à 60.

Comme pour les notations décernées à leur santé macroéconomique, les pays sont gradués de « A+ » (score supérieur à 80/100, soit le Danemark) à « D » (note comprise entre 35 et 50, c’est le cas de la Chine, du Japon, de la Corée, de l’Inde et de l’Indonésie). La France, avec un score de 53,5 figure en 13e position, dans le groupe « C » qui comprend l’Allemagne, les Etats-Unis et la Pologne, mieux classés, le Brésil et le Mexique, juste derrière. Autant dire que la réforme française n’a pas convaincu. Pis, la note de la France marque une détérioration par rapport à 2012 ; elle atteignait alors 54,7. Si l’on regarde plus en détail les composantes de cette notation, elles sont au nombre de trois.

La première s’intéresse à la « suffisance », c’est-à-dire à la capacité du système à fournir un revenu de remplacement suffisant aux retraités. La pondération de cette composante est de 40 % de la note globale. La France atteint le score de 71,7 pour cette « suffisance », ce qui la place en 6e position, une position cohérente avec sa place dans l’échelle des taux de remplacement. Avec un taux de remplacement du salaire médian de 60,8 %, la France se situe effectivement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE ; en outre, les pays les plus « généreux » ne figurent pas dans le classement de Mercer (il s’agit notamment de l’Autriche, de la Belgique, de la Finlande, de la Hongrie et de l’Italie).

La seconde composante est la « viabilité », c’est-à-dire l’aptitude, notamment sur le long terme, à faire face au vieillissement démographique. Sur cette composante, qui compte pour 35 % de l’indice, la France est classée 17e avec une note de 31,7 en léger recul depuis 2012 - où elle atteignait 32. Ce qui est certain, c’est que, datées de début octobre dernier, l’étude et les notations avaient connaissance de la réforme des retraites discutée entre début et mi-octobre au Parlement. Retour sur la réforme : elle prévoit un allongement de la durée de cotisation qui reprendrait en 2023 pour atteindre 43 ans en 2035, au rythme d’un trimestre tous les trois ans, soit une augmentation très lente par rapport à celle qui a élevé la durée minimale de cotisation de 150 à 164 trimestres (37,5 et 41 ans) entre 2003 et 2012. Elle prévoit aussi une augmentation des taux de cotisations faibles (0,15 point en 2014). La modestie des modifications paramétriques aura plus que probablement toutes les difficultés à contenir le déficit en deçà de 20 milliards d’euros en 2020, et ce sans tenir compte du coût que peut représenter le compte pénibilité, difficile à chiffrer. De plus, le chiffre de 20 milliards repose aussi sur une augmentation du taux d’activité des seniors, particulièrement bas en France en comparaison des autres pays de l’OCDE. A plus long terme, après 2030, le Premier ministre a lui-même annoncé une pause en raison de la stabilisation supposée de la situation démographique. En réalité, si 2030 marque l’arrêt de l’augmentation du nombre de retraités du à la fin de l’arrivée à l’âge de la retraite des enfants du « baby-boom », il n’y a pas de signe d’un arrêt de l’augmentation de l’espérance de vie et donc de l’avènement d’une situation démographique différente, et en tous cas, plus favorable à l’équilibre du système de retraite français. Seules les simulations du Conseil d’orientation des retraites, basées sur une baisse du chômage (à un taux de 4,5 %), aboutissent à une résorption des déficits à cet horizon. En mettant en cause l’insuffisance des réformes entreprises, les observateurs de Mercer pointent donc une insuffisance. Ils auront aussi sans doute noté la décroissance entamée de l’actif du Fonds de réserve des retraites qui limite considérablement la possibilité d’une réforme systémique et le basculement vers un régime unique par points.

Dernière composante de l’indice, « l’intégrité ». Il s’agit d’une note, comptant pour 25 % du total, qui se rapporte à la crédibilité des régimes de retraite privés. La France obtient une note de 55,1, quasiment stable par rapport à 2012 où elle atteignait 55,2 et qui la met en 16eposition, très en deçà de la moyenne des pays étudiés qui se situe à 69,4. La note reflète des doutes sur la gouvernance et la régulation des caisses privées, ainsi que sur l’instabilité fiscale autour de l’épargne retraite. Enfin, l’appréciation portée par le rapport - « Un système qui a de bons points mais aussi des risques et/ou des lacunes majeur(e)s dont il conviendrait de se soucier. Sans de telles améliorations, son efficacité et/ou sa soutenabilité sont douteux » - mérite d’être méditée.

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