L'avis de... Patrick Artus, chef économiste de Natixis

« Niveau de gamme et coût du travail, les deux problèmes de l'industrie »

le 25/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Abaisser le coût du travail est-il le seul moyen de restaurer la compétitivité de l’industrie, sachant que les coûts salariaux progressent en parallèle en France et en Allemagne ?

Les ennuis de l’industrie française sont un mixte de coût du travail trop élevé et de niveau de gamme des produits trop faible. Cela dit, regarder l’état de la compétitivité en se focalisant uniquement sur l’industrie est insuffisant. Le secteur manufacturier est un gros consommateur de services. Or la différence de coûts unitaires du travail dans les services, tout particulièrement dans les services à l’industrie, entre la France et l’Allemagne est importante. Ils sont moindres pour les entreprises d’outre-Rhin qui bénéficient par ailleurs de produits semi-finis à bas prix importés d’Europe centrale. Quand vous réintégrez cette différence, les écarts de coûts salariaux ne sont pas de 10 % en défaveur de l’industrie française, mais de 25 %. Comme les biens produits en France ne sont pas hauts en gamme, les industriels n’ont pas pu faire passer leurs coûts dans les prix de vente. Depuis le lancement de l’euro, les prix dans le secteur manufacturier en Allemagne ont augmenté de 15 %. Ils ont baissé de 10 % dans l’Hexagone.

Ce qui explique la faiblesse du taux de marge. Comment y remédier ?

En donnant de la respiration aux entreprises. Ce qui implique des choix douloureux, à savoir réduire les coûts salariaux, y compris dans le secteur des services à l’industrie, pour restaurer la compétitivité et la profitabilité des entreprises. Evidemment, une telle politique revient à transférer du revenu des consommateurs vers les producteurs. Si rien n’est fait, le cercle vicieux en cours depuis une dizaine d’années va se poursuivre : faiblesse des marges, baisse de la profitabilité, recul de l’investissement manufacturier au point d’entamer les capacités de production et de réduire l’emploi dans l’industrie, et pertes de parts de marché à l’exportation. En clair, c’est la désindustrialisation. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le déficit commercial représente désormais 4 % du PIB ; l’industrie allemande a investi dans 19.000 robots l’an dernier, son homologue française en a acheté 3.000.

L’insuffisance de fonds propres et la raréfaction du crédit bancaire ne sont-elles pas aussi responsables des problèmes de l’industrie ?

Non. La centrale des bilans de la Banque de France montre que les PME ne sont pas sous-capitalisées. Et pour cause. N’investissant plus beaucoup et se développant peu, elles ont eu les moyens de se désendetter, donc de moins recourir au crédit, et de se recapitaliser.

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