L'avis de... Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE*

« Le niveau de la dette publique n'a absolument rien d'excessif »

le 28/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Existe-t-il, dans le cas de la France, un niveau supportable de déficit public et de dette publique ?

Demandons-nous tout d’abord en quoi l’endettement public est légitime. Il est légitime quand il finance les investissements publics, quand il fournit aux compagnies d’assurances et aux fonds de pension l’actif sans risque des obligations publiques dont ils ont besoin à leur bilan. Il est légitime enfin quand il permet à l’Etat de réguler la conjoncture économique et de se substituer au secteur privé défaillant et en phase de désendettement. Quant au coût de la dette, il est indolore tant que le taux d’intérêt est inférieur au taux de croissance de l’activité économique. Dans le cas de la France, la dette publique peut se maintenir entre 60 % et 90 % du PIB si le taux d’intérêt moyen de la dette et la croissance nominale sont de l’ordre de 4 %. Il n’y a là absolument rien d’excessif dans une période d’activité affaiblie, de chômage et sans la moindre pression inflationniste. Dans cette optique, l’objectif de retour à l’équilibre des finances publiques de la France en 2017, comme le stipule la programmation budgétaire présentée à la Commission européenne, n’a aucun sens.

L’analyse en termes de solde structurel vous semble-t-elle pertinente ?

Tout dépend de la définition retenue de solde structurel et de la méthode utilisée pour calculer la croissance potentielle. A l’OFCE*, nous avons calculé que depuis 2007, la perte de production en France par rapport au potentiel est de 9 points de pourcentage. En 2012, le solde structurel était équilibré, et avec une charge de la dette de 2,5 % du PIB, le solde structurel primaire était excédentaire. En revanche, pour la Commission, l’output gap était trois fois moindre et le solde structurel déficitaire de 3,5 % du PIB. Dans le premier cas, il n’y a pas lieu de mettre en œuvre de nouvelles mesures d’austérité. Il faut impulser la croissance. Dans le second, il faut couper les dépenses publiques de 70 milliards d’euros.

La France court-elle le risque d’être confrontée à la situation de l’Espagne ou de l’Italie, des économies en récession avec une rémunération de la dette élevée ?

L’erreur vient de l’organisation de la zone euro elle-même. Les pays membres ont renoncé à être financés par la banque centrale et les Etats ne sont pas solidaires entre eux. Les opérateurs de marché se sont engouffrés dans la faille en spéculant sur la faillite de certains pays. La solution est connue. Il s’agit de repenser l’architecture de la zone euro, de coordonner les politiques économiques, de mettre en place des mécanismes de solidarité et certainement pas de réduire à l’aveugle les déficits publics. Les pays attaqués doivent retrouver leur capacité d’émettre des titres publics sans risque.

*Observatoire français des conjonctures économiques.

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