Un homme, une équipe

Nicolas Miara-Godet pilote l’activité «produits structurés» de Kepler Cheuvreux

le 20/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Le responsable de la ligne de métier « Investment Solutions » bénéficie de l’expertise de Julien Marette suite à la fusion avec Derivatives Capital.

Homme pressé à l’allure élégante, Nicolas Miara-Godet pilote depuis novembre 2011 la ligne de métier tournée vers les produits structurés du courtier européen Kepler Cheuvreux. « Ma mission était de créer de toutes pièces, au sein de ce qui se nommait à l’époque Kepler Capital Markets (avant le rachat de l’expertise « dérivés actions » de CA Cheuvreux en mai 2013, qui donnera naissance à Kepler Cheuvreux, NDLR), un département dénommé ‘Investment Solutions’ dédié à des institutionnels pour comptes propres, des conseillers en gestion de patrimoine indépendants et des réseaux de distribution type banques privées », rappelle-t-il.

Fort de quatorze années passées dans les rangs de Société Générale, au département dérivés actions tout d’abord, avant de basculer du côté des produits structurés, il fait jouer son carnet d’adresses et recrute une équipe composée de quatre ingénieurs et d'un stratégiste cross over. « La stratégie d’Investment Solutions s’inscrit dans le modèle de l’architecture ouverte, souligne Nicolas Miara-Godet. Les besoins ou souhaits d’investissement de nos clients sont analysés et traduits en interne. Puis nous nous tournons vers une vingtaine de banques contreparties pour structurer l’offre et sélectionnons celle présentant le meilleur compromis entre prix, 'rating' et service  ». L’activité se déploie en France et au Benelux depuis Paris, ainsi qu'en Suisse, via Genève. Et les résultats sont là : fin 2013, un encours notionnel de pas moins de 1,5 milliard est traité. « A la faveur notamment d’un contexte économique difficile, les institutionnels se tournent depuis de longs mois vers des produits de type fonds garantis ou à capital protégé », met-il en lumière. L’équation protection du capital et participation à la hausse d’une classe d’actifs, séduit. Et rassure.

Croiser les expertises

Malgré une vitesse de croisière plutôt satisfaisante, un second souffle est donné à cette ligne de métier. En décembre dernier, Kepler Cheuvreux acquiert les activités de Derivatives Capital, une société spécialisée sur les produits financiers structurés, emmenée par le sémillant Julien Marette. Entrepreneur pur et dur, Julien Marette avait fondé quatre ans auparavant cette structure et constitué une équipe de 25 personnes. Le projet de rejoindre Kepler Cheuvreux le séduit : « Nous étions arrivés à un moment de notre histoire qui nécessitait une organisation plus institutionnelle pour accélérer notre développement et offrir un service élargi à nos clients », explique-t-il.

Une opportunité qui réjouit évidemment Kepler Cheuvreux qui voit là la possibilité de se renforcer sur le marché français et d’accélérer sa croissance en Europe. La première plate-forme indépendante de produits structurés en France est née. Et tient la dragée haute aux banques de financement et d’investissement (BFI) positionnées sur ces produits financiers. Les rôles sont définis : Nicolas Miara-Godet reste responsable d’Investment Solutions et joue un rôle transverse, Julien Marette devient son adjoint au même titre qu’Alain Chassard, en poste depuis 2011 et ancien de Société Générale.

Ces deux derniers ont la tâche, non seulement de recueillir les besoins d’investisseurs – au Benelux pour le premier ; en France, en Suisse romande et à Monaco pour le second –, mais également de leur apporter des solutions sur-mesure dans une démarche proactive. « Que ce soit des banquiers privés pour leurs propres clients, des institutionnels type assureurs ou mutuelles, des gérants de fonds… les idées d’investissement proviennent, pour moitié, de ces grands investisseurs et pour autre moitié, de notre stratégiste 'cross asset' », expose Julien Marette.

Jean-Gabriel Attali est donc le stratégiste cross asset. Ancien d’Exane Derivatives et en poste depuis 2012, il doit trouver la bonne idée d’investissement. « Je me fais une opinion de l’état économique du monde et la transforme en pari financier », résume-t-il à grands traits. Cet ancien chercheur universitaire en mathématiques appliquées dégotte entre une et deux nouvelles idées d’investissement par mois. « L’an dernier, par exemple, jouer le thème de l’immobilier résidentiel américain m’est apparu comme un pari porteur, illustre-t-il. Le rachat massif par la Réserve fédérale de RMBS ('residential mortgage-backed securities' : les créances immobilières titrisées) et l’abondante liquidité apportée aux marchés financiers a stimulé le marché de la construction. » Ce thème a donc été « joué » sous la forme de produits structurés permettant de bénéficier à la fois d’un coupon important grâce aux actions des constructeurs américains sélectionnées et d’une protection du capital dans certaines conditions de marché.

De la bonne idée à la structuration du produit

Autre période, autre idée. Depuis quelques mois, les actions européennes reprennent des couleurs. « J’affectionne les valeurs les plus exposées à la reprise de l’économie en zone euro, particulièrement sous-évaluées, poursuit-il. J’ai ainsi sélectionné celles dont le prix d’option est bas, permettant un achat important de dérivés. Et une possibilité de capter, à l’échéance du produit, une performance séduisante. » Pour affiner la sélection des valeurs, Jean-Gabriel Attali s’appuie sur la recherche de la centaine d’analystes actions ou crédit qui œuvrent au sein de Kepler Cheuvreux.

Une fois l’idée trouvée, il faut la traduire sous la forme d’un produit structuré. C’est à Fabrice Tenga, responsable de l’ingénierie financière, aidé de trois ingénieurs, qu’incombe la structuration du fonds. Au fait des appétences des investisseurs, le véhicule est dessiné pour prendre la forme d’un produit de participation, d’un fonds à capital garanti ou protégé ou d’un produit de rendement (ou couponné). « En ce moment, les grands investisseurs sont en demande de produits dits de rendement, illustre-t-il, qui distribue un coupon sur une échéance déterminée. » En général, un horizon d’investissement et un niveau de risque sont établis en cohérence avec les besoins des investisseurs. Un seuil est défini : si l’une des valeurs franchit ce seuil de contreperformance, le coupon n’est pas distribué. « Ces véhicules sont indexés sur des valeurs issues de thématiques d’investissement sélectionnées par Jean-Gabriel Attali et recommandées à l’achat par la recherche Kepler Cheuvreux », souligne l’ingénieur. La mission de Fabrice Tenga et de ses ingénieurs est alors de concevoir ces fonds qui intègrent une vente d’options dites « barrière » qui ne sont déclenchées que si le sous-jacent a atteint un niveau prédéterminé. Au préalable, Fabrice Tenga et ses ingénieurs auront lancé des appels d’offres à l’adresse des BFI afin d’obtenir les options au meilleur prix.

En dehors de la réalisation de produits sollicités par les clients, « nous développons des stratégies quantitatives sur la base d’idées propriétaires », complète-t-il. Dernière en date, une stratégie vendue sous la forme de certificats adossés à un indice. « Il s’agit d’une stratégie systématique sur la problématique du retournement des marchés à laquelle sont confrontés les investisseurs ayant une position acheteuse sur les valeurs européennes… » Tout un programme. Pour lui, un ingénieur financier se doit d’être polyvalent. Et créatif.

Son parcours :

Nicolas Miara-Godet, diplômé d’HEC Paris, majeure finance, directeur du département « Investment Solutions » chez Kepler Cheuvreux.

Depuis novembre 2011 : directeur du département « Investment Solutions » chez Kepler Cheuvreux.

2009-2011 : directeur mondial de la vente Cross Asset Solutions chez Société Générale CIB (SGCIB).

2008-2009 : directeur mondial de la vente dérivés actions chez SGCIB.

2006-2007 :directeur de la vente produits structurés actions, Europe chez SGCIB.

2002-2005 : directeur de la vente dérivés actions, France et Pays Emergents chez SGCIB.

1997-2001 : vendeur dérivés actions France chez SGCIB.

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