Dossier Forum de la Gestion d'actifs

Des Newcits pour tenter de rassurer les investisseurs

le 06/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Les sociétés de gestion développent une gamme offshore et des produits au format Ucits. De nombreux institutionnels s'y intéressent.

Difficile de cerner précisément leur univers tant il est en constante évolution : les fonds alternatifs au format Ucits pèseraient environ 150 milliards d'euros. « Les sociétés de gestion alternative développent parfois deux gammes en parallèle, l'une offshore, l'autre au format Ucits, pour élargir leur cible de clientèle », confirme Frédéric Pétiniot, directeur général du cabinet de conseil Amadeis. Car de nombreux investisseurs institutionnels réticents à investir offshore sont rassurés par la réglementation européenne : ces fonds alternatifs onshore sont régulés en Europe, transparents, et se conforment à des contraintes de liquidités strictes. Autant d'atouts ayant fait défaut, par le passé, à certains hedge funds, notamment en période de crise.

« Le statut Ucits n'est pas un blanc-seing permettant d'investir les yeux fermés, tempère cependant Bertrand Bricheux, responsable marketing et business développement de la gestion alternative de Mirabaud Asset Management. Il donne un cadre juridique, mais ne garantit pas l'absence de risque. Il faut appliquer des 'due diligences' aussi strictes que pour les fonds offshore. » Car l'intérêt des investisseurs pour les Newcits incite parfois certaines sociétés de gestion à faire rentrer coûte que coûte certaines stratégies alternatives dans un format Ucits. Au risque de ne pouvoir correctement assurer la liquidité en cas de difficulté. Car seules les stratégies les plus liquides, comme celles reposant sur les actions de grandes capitalisations, peuvent être mises en œuvre au format Ucits. « Nous avons fait le choix de la simplicité et de la transparence : si une stratégie est réplicable sans nécessiter de modification de la nature du portefeuille ou l'utilisation de produits dérivés comme les 'swaps' de performance, alors nous dupliquons le fonds offshore au format Ucits, expose Olivier Dubost, managing director en charge de la distribution des fonds Man et GLG en France. Dans le cas contraire, nous nous abstenons. »

Succès

Dans cette maison, les Newcits présentent donc en général les mêmes objectifs de performance et de volatilité que les fonds caïmanais. « Passée la période de lancement, la 'tracking error' (déviation de la performance, NDLR) entre les deux structures juridiques sur une même stratégie est limitée à quelques points de base par mois pour la majorité de nos fonds », indique Olivier Dubost. Ce qui explique le succès de la gamme Newcits lancée à partir de 2009, pesant 2,5 milliards d'euros, soit plus de la moitié des fonds offshore (4,7 milliards d'euros).

Un succès à l'image de celui de nombreuses maisons européennes : peu de gérants américains, pourtant très impliqués dans la gestion alternative offshore, ont pour l'instant fait le choix de développer une gamme au format Ucits pour leurs clients européens. « 80 % des 'Newcits' sont gérés par des sociétés de gestion européennes, alors qu'elles ne représentent que 30 % des fonds offshore », précise Bertrand Bricheux de Mirabaud Asset Management. Ce phénomène crée un biais supplémentaire dans l'offre.

Réticences

Mais de nombreux investisseurs institutionnels européens n'ont pas l'autorisation, pour des raisons réglementaires liées à leur statut, d'investir dans des hedge funds offshore. Les Newcits constituent pour eux une bonne solution, mais sans résoudre pour autant toutes les réticences à l'encontre de ce type d'investissement : « L'environnement réglementaire est certes plus protecteur, mais les sociétés de gestion de 'Newcits' sont parfois, comme dans l'alternatif traditionnel, des boutiques spécialisées, présentant un risque opérationnel plus fort que les grandes structures », avance Frédéric Pétiniot. Les directeurs financiers des grandes institutions demeurent donc parfois réticents à présenter à leur conseil d'administration un fonds alternatif, certes soumis à la législation européenne, mais géré par une boutique. Reste que l'extrême volatilité des marchés depuis l'été 2011 renforce l'attractivité des stratégies alternatives par nature décorrélées des marchés traditionnels. L'heure des bilans n'a cependant pas encore sonné : les investisseurs institutionnels sont aujourd'hui trop préoccupés par leur cœur de portefeuille pour s'intéresser aux placements de diversification. « La gestion alternative ne doit pas être considérée comme une classe d'actifs à part entière, mais comme un complément aux classes d'actifs traditionnelles, notamment dans le cas du 'long-short equity', en complément des actions, explique Olivier Dubost de Man. Le développement des 'Newcits', plus faciles à intégrer aux allocations d'actifs, contribue à la mise en place de ce modèle. » A condition que les performances de l'été 2011 démontrent bel et bien la décorrélation tant espérée.

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