Natixis AM opte pour une approche « multiboutique »

le 29/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Le groupe réorganise ses équipes de gestion et de vente pour doubler sa collecte 2013-2016.

Pascal Voisin, directeur général de Natixis AM : « Nous voulons que NAM cesse vu d’être vu principalement comme une maison de taux ».

La crise de la dette souveraine l’a rendue plus impérieuse encore. Après plus d’un an de réflexion, la réorganisation de Natixis Asset Management (NAM) est enfin sur les rails. « Notre plan stratégique résulte d’une volonté de mieux servir nos clients, dont la demande a évolué dans un contexte de conjoncture de marchés difficile et d’évolutions réglementaires de plus en plus contraignantes », explique Pascal Voisin, directeur général de NAM. Les principales menaces sont connues : Bâle III qui favorise l’épargne bilantielle (livrets, etc.) au détriment des fonds dans les banques, et Solvabilité II qui contraint l’allocation d’actifs des assureurs. Touché aussi par l’attentisme des investisseurs et la faiblesse de l’indice Eonia qui pénalise les produits monétaires, le pôle français de gestion d’actifs de BPCE a enregistré une décollecte nette de 9,4 milliards d’euros l’an dernier après 11,1 milliards d’euros en 2010, selon le rapport du cabinet Secafi, mandaté par le comité d’entreprise de NAM. Hormis l’épargne salariale, toutes les classes d’actifs ont affiché des contre-performances commerciales. Cumulé aux effets de marché, ce mouvement a entraîné « une baisse du produit net bancaire alors que le budget 2011 prévoyait des chiffres en ligne avec ceux de 2010 », écrit le cabinet. Les encours de NAM ont reculé sur un an de 4,9 % sur un an à 287 milliards d’euros fin 2011, mais leur retrait reste plus contenu que chez Amundi (-7,3 %) et BNP Paribas Investment Partners (-11,8 %), les deux autres grands gestionnaires français affiliés à des banques.

Afin d’inverser la tendance, NAM avait identifié deux stratégies possibles, externe ou organique. La première est devenue caduque après les espoirs déçus de rachat de Pioneer, finalement conservé par sa maison mère UniCredit. La seconde, devenir une vraie maison multispécialiste, s’est imposée. « Nous voulons que NAM cesse d’être vu principalement comme une maison de taux, avance Pascal Voisin. Son image dans ce domaine est très forte mais elle a tendance à occulter un peu le reste de nos expertises qui sont pourtant nombreuses et riches. Nous voulons nous rapprocher du modèle multiboutique de Natixis Global AM (NGAM) qui a déjà fait grandement ses preuves comme l’atteste sa collecte nette de 3,7 milliards d’euros l’an dernier. » NGAM, structure faîtière de la gestion d’actifs de Natixis, totalisait 544 milliards d’euros d’actifs fin 2011, gérés en France ou à l’international. Les entrées ont été positives grâce au dynamisme de sa partie américaine, composée de onze boutiques spécialisées bénéficiant d’une plate-forme commune de distribution.

Six pôles de gestion

Sans casser la structure juridique de NAM, Pascal Voisin veut recréer six pôles de gestion s’inspirant de l’esprit « boutique » (voir l’organigramme). « Nos équipes de gestion seront organisées en ‘business units’, dévoile le directeur général. Ce sont des centres de gestion autonomes et responsables de leur processus d’investissement qui bénéficient des fonctions supports mutualisées de NAM, ainsi que d’une plate-forme de distribution en France et à l’international. » La réallocation des équipes va suivre deux axes : « Nous voulons d’une part réaffirmer le cœur des expertises de NAM qui représentent 90 % des encours et l’essentiel de la rentabilité, expose Pascal Voisin. Il s’agit des taux, des actions européennes et d’une nouvelle ‘business unit’ baptisée Investissements et Solutions Clients (ISC, à destination des clients institutionnels : banques, assureurs..., NDLR) dont la mission est de proposer des solutions globales d’investissement qui dépassent ainsi la simple allocation d’actifs. D’autre part, nous allons mettre l’accent sur trois expertises ‘satellites’ présentant un vrai potentiel de croissance : l’investissement responsable, la gestion globale émergente (taux et actions, NDLR) et la gestion de produits structurés et de volatilité. Nous voulons être un acteur européen, voire mondial, dans chacune et développer leur poids relatif dans nos encours (10 % actuellement). » Pour y parvenir, Pascal Voisin, veut « insuffler une dynamique d’équipe plus entrepreneuriale et favoriser la culture de la surperformance », mais compte bien garder ses gérants dans le giron de NAM. Son plan ne préfigure « pas une révolution mais une évolution de notre organisation amorcée d’ores et déjà avec nos prises de participation dans des boutiques telles que Dorval Finance et H2O AM par exemple », assure-t-il.

La marque en question

Au total, quatre nouvelles unités (les trois satellites et ISC) vont voir le jour grâce au regroupement d’équipes existantes, principalement issues du pôle actions. Les créations de postes devraient être compensées par les fermetures (lire l’encadré page 20). Ibrahima Kobar restera en charge de la gestion taux tandis qu’Emmanuel Bourdeix, actuellement responsable de la gestion actions, diversifiée et structurée, supervisera les actions européennes et les nouveaux pôles, hormis l’investissement responsable qui sera chapeauté par Philippe Zaouati, directeur du développement de NAM. « En parallèle, nous allons devoir ajuster certaines expertises actuellement peu porteuses, comme les crédits structurés (environ 2 milliards d’euros d’encours) », poursuit le directeur général de NAM. Cette classe d’actifs va être gérée en extinction, tandis que d’autres ne font pas partie des priorités tels les matières premières, pourtant très en vogue, ou les fonds indiciels cotés, apanage d’Ossiam, filiale de NGAM. De même, « nous allouerons demain moins de moyens à la gestion monétaire car la gamme a déjà été considérablement optimisée lors de la création de Natixis AM », indique Pascal Voisin.

Des fonds phares

Côté produits, « nous voulons développer des ‘flagships’ (fonds phares, NDLR) de plus grande taille pour l’ensemble de nos expertises. Nous nous interrogeons encore sur leur domiciliation future au Luxembourg ou dans des fonds locaux gérés depuis Paris ». Cette dernière possibilité, offerte par la directive Ucits IV, est encore peu utilisée dans le marché. La réflexion est plus large encore pour les gestions satellites : « Elles pourraient opérer sous des marques distinctes de NAM si cela fait sens et apporte de la valeur ajoutée à nos clients », annonce Pascal Voisin.

Le travail sur la gamme se doublera d’une évolution de la politique commerciale. Malgré un contexte de décollecte structurelle en France, NAM veut garder ses relations privilégiées avec les réseaux Banques Populaires et Caisses d’Epargne et servir davantage les institutionnels grâce à son offre ISC. L’enjeu réside surtout à l’international, qui représente seulement 5 % des encours. « Nous voulons accélérer à un horizon de trois ans notre référencement auprès des consultants, en priorité en Europe, comme nous l’avons fait sur les produits de taux, déclare Pascal Voisin. Pour cela, nous allons renforcer le nombre de ‘product specialists’ qui travaillent à côté des gérants en tant que porte-parole et accompagnent les commerciaux dans la promotion des expertises. Nous allons nous appuyer sur la puissance des forces commerciales de NGAM Distribution en Europe. » Les efforts ne seront pas immédiatement payants : selon un document interne, NAM anticipe une décollecte de 7,2 milliards d’euros cette année. Puis, pour 2013- 2016, le gestionnaire a doublé son objectif de collecte cumulée à 12 milliards d’euros. Toutes les expertises devraient être contributrices nettes sur la période, hormis les actions européennes.

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