La multigestion alternative pourrait être portée par la règle Volcker

le 20/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Pas de surprise majeure pour cette industrie qui clôt mollement l’année. Les multigérants nourrissent des stratégies très diverses pour 2011.

Sans coup d’éclat, ni trébuchage, l’industrie des fonds de hedge funds a terminé l’année 2010 en demi-teinte. Selon HFR (Hedge Fund Research), les fonds de fonds alternatifs affichent entre janvier et décembre 2010 une performance de 5,46 %, les stratégies sous-jacentes délivrant sur la même période entre -21,30 % (short biais Index) et +15,98 % (sector Energy/Basic Materials Index). « Dans les faits, l’industrie de la gestion alternative a fait le plus gros de sa performance sur le second semestre de l’année, explique Cyril Julliard, président d’Eraam. Le Quantitative Easing 2 (QE2) annoncé en novembre par Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale, a été plutôt bien anticipé par les gérants notamment de ‘long/short equity’ américains ainsi que ceux à la tête de fonds CTA (‘commodity trading advisors’), qui étaient ‘long’ (acheteurs) actions. » Le QE2 a en effet permis à la fois de faire baisser le taux d’emprunt long terme américain et de tirer vers le haut le prix des actifs risqués. Autre succès de l’année écoulée, les stratégies de fixed income arbitrage qui visent à profiter d’anomalies de cours entre titres obligataires, secteurs, marchés et courbes de rendement dont les fonds de long/short crédit, « un environnement qui a profité d’une nouvelle approche ‘crédit’ des émetteurs souverains de la zone euro et d’opportunités sur les émissions privées », rappelle Olivier Neau, directeur des gestions d’Edmond de Rothschild Investment Managers (Edrim).

Néanmoins, l’année passée a été compliquée et s’est déroulée « sur fond d’environnement macroéconomique incertain, de chocs externes telles les interventions des banques centrales suisse et japonaise sur leur politique de change, mais aussi de forte volatilité des marchés, retrace Philippe Gougenheim, responsable de l’activité Fund of Hedge Funds d’Unigestion. Du coup, nous avons retenu et privilégierons à l’avenir des gérants de taille moyenne, dont l’actif sous gestion oscille entre 500 millions et 5 milliards d’euros ». Un gage de réactivité et de flexibilité en période de volatilité des marchés qui permet à ces gérants de fonds de faire tourner leurs positions plus facilement. « Parmi ceux-là, nous estimons que les fonds privilégiant les petites et moyennes capitalisations présenteront davantage d’opportunités », poursuit-il. Ce à quoi s’oppose Cyril Julliard qui estime que l’univers des small et midcaps ayant déjà réalisé son rattrapage en 2010, « il faudra mieux s’orienter vers les sous-jacents de grandes capitalisations ».

Moins de concurrents

Si le millésime 2010 n’a pas particulièrement brillé, les multigérants alternatifs se montrent positifs pour les mois à venir. La règle Volcker en est l’explication la plus saillante. Cette réglementation venue d’outre-Atlantique vise à encadrer davantage les activités de trading pour compte propre de banques en limitant la taille de leurs positions d’arbitrages sur les marchés et leurs investissements dans les fonds alternatifs. « Il y aura donc moins de concurrence de la part de ces intervenants (banques) particulièrement puissants, et par conséquent davantage d’opportunités exploitables pour les gérants alternatifs », anticipe Olivier Neau. Bank of America, Goldman Sachs, JPMorgan… ont d’ores et déjà supprimé des postes dans leur desk de trading pour compte propre. Certains professionnels démissionnaires n’hésitent d’ailleurs pas à faire cavalier seul en montant leur propre hedge fund.

L’arbitrage de crédit favorisé

Quant aux stratégies privilégiées, « il est communément admis que les derniers mois de l’année écoulée dictent la tendance pour les douze prochains », lance Cyril Julliard. Les stratégies d’arbitrage de crédit seront ainsi favorisées, tel le fixed income arbitrage. « Les taux d’intérêt étant bas, cette situation permet à ces véhicules de pourvoir au financement nécessaire à leurs prises de positions, explique Philippe Gougenheim. Les stratégies de refinancement de dettes pourraient être intéressantes au regard notamment de l’arrivée à échéance de lignes de crédit d’entreprises américaines. » Côté actions, « nous préférons les gérants neutres au marché, en raison d’une importante volatilité. Mieux vaut que ces derniers soient exclusivement concentrés sur la sélection des actifs », appuie-t-il. Une analyse que ne partage pas Olivier Neau qui penche pour un désengagement des stratégies d’arbitrage, le couple rendement/risque étant désormais moins intéressant. « Il faudra être opportuniste, jouer les marchés émergents, les matières premières, le ‘long/short equity’ et les stratégies ‘event driven’, les sociétés sont riches de trésorerie et prêtes à réaliser des acquisitions, illustre-t-il. En somme, accepter les fonds directionnels. »

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