L'avis de... Mathilde Lemoine, directeur des études économiques et de la stratégie marchés de HSBC France

« Le mouvement de fond entre les deux devises reste lié à la faiblesse du dollar »

le 21/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi anticipez-vous une appréciation de l’euro contre le dollar d’ici à la fin de l’année ?

Il faut d’abord préciser que l’euro conserve actuellement un niveau élevé par rapport au dollar, malgré le renforcement de l’aversion au risque. Raisonnablement, sa parité de pouvoir d’achat devrait le mener à 1,15 dollar. Cette situation est a priori paradoxale alors même que la zone euro est entrée en récession - ce qui n’est pas le cas de l’économie américaine - et que le cœur de la crise politique et financière se situe en Europe et non pas outre-Atlantique. Comment expliquer cet état de fait ? C’est simple. Le mouvement de fond entre les deux devises reste lié à la faiblesse du dollar, elle-même liée à la politique d’assouplissement quantitatif (quantitative easing) de la Réserve fédérale.

Et si la crise européenne devait s’exacerber et atteindre un point de non retour ?

Dans le cas où la crise venait à franchir une étape ultime, l’euro chuterait assurément à cause d’un exode des capitaux. Mais pour l’instant, les investisseurs continuent de croire que les Européens ont à cœur de résoudre leurs problèmes. Le sentiment dominant est que les Européens vont afficher leur intention d’aller vers plus d’intégration et de coordination fiscales, de lâcher une partie de leur souveraineté budgétaire. Ce qui explique qu’il n’y a pas de mouvement de fuite des capitaux à grande échelle hors de la zone euro. La tendance sous-jacente à la baisse du dollar continue donc de l’emporter et nous tablons sur un euro-dollar à 1,35 à la fin de l’année.

Une baisse des taux directeurs de la banque centrale est-elle susceptible de déprécier la monnaie unique en réduisant le différentiel avec les taux américains ?

Je ne vois pas en quoi une baisse du taux de refinancement de 1 % à 0,75 % ou 0,50 % pourrait changer quoi que ce soit. Depuis les débuts de la crise, sur le marché monétaire, l’eonia a décroché bien en dessous du taux refi pour coller au taux de la facilité de dépôt. Et c’est l’eonia qu’il faut comparer avec le taux des Fed funds effectif. Pour faire baisser l’eonia, il faut agir sur le taux de la facilité de dépôt actuellement de 0,25 %. Donc le diriger vers zéro.

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