L'avis de... Michel Martinez, chef économiste France de Société Générale CIB

« Moody’s demande à la France un correctif budgétaire »

le 27/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Quel est le sens du message envoyé par Moody’s annonçant une nouvelle évaluation de la dette publique française ?

Il signifie au moins deux choses. Tout d’abord, il montre que le cadrage macroéconomique du gouvernement de 1,75 % de croissance du PIB en 2012 pèche par optimisme. Dans ces conditions, les pouvoirs publics peuvent d’ores et déjà se mettre à la recherche de 5 à 8 milliards d’euros d’économies ou de recettes pour tenir leur engagement d’un déficit public de 4,5 % du PIB l’an prochain. Ensuite, il signifie que les fenêtres vont se fermer entre février et juillet prochains, entre l’entrée en campagne électorale et l’élection d’une nouvelle assemblée au palais Bourbon. Un collectif budgétaire voté à l’été 2012 arrivera trop tard pour rectifier la trajectoire du déficit. Bref, le correctif doit avoir lieu dans les trois mois qui viennent, une fois que les indicateurs économiques attesteront le ralentissement de l’activité.

Pourquoi communiquer sur une prochaine évaluation de la dette ?

C’est une nouvelle façon de faire de la part des agences de notation. Elles ont créé un nouveau cran pour les pays avancés du club des « AAA ». L’innovation est apparue avec la dette des Etats-Unis quand Washington a reçu un avertissement d’une mise sous surveillance. Cela dit, le communiqué de Moody’s apporte aussi des précisions explicites en indiquant par exemple que la réforme des retraites fait partie intégrante du « AAA ». Plus généralement, c’est surtout un rappel à l’ordre des candidats à l’élection présidentielle. Les agences examineront de façon scrupuleuse les programmes électoraux et jugeront de leur crédibilité.

D’éventuelles recapitalisations bancaires ou un important levier du Fonds européen de stabilité financière entrent-ils en ligne de compte ?

Je ne pense pas que ces mesures, si elles devaient être mises en œuvre, soient de nature à modifier la notation de la France. Elles pourraient gonfler au maximum d’une dizaine de points de pourcentage de PIB l’endettement public et amener dans ce cas de figure le ratio dette/PIB autour de 94 %. Pour satisfaire les agences de notation, il sera bien plus efficace de tenir l’engagement d’un déficit public de 2 % du PIB en 2014, même avec 10 points de pourcentage d’endettement en plus.

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