Dossier Bilan 2013 OPCVM

Le monétaire devient le talon d'achille de la gestion française

le 30/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Entre rendements en berne, décollecte et fusions de produits, la gestion de trésorerie est en net repli avec une perte de plus de 42 miliards.

Le paquebot français prendrait-il l’eau ? Réputée pour son expertise en gestion de trésorerie, la place de Paris assiste à la fonte des actifs gérés en trésorerie, quelque 42,4 milliards d’euros perdus rien qu'en 2013. Avec un encours de 279,1 milliards d’euros, la gestion monétaire pèse désormais 40 % des actifs gérés (de droit français) en France contre un plus haut historique de 51 % atteint en 2009.

Sur l’année, 44,6 milliards d’euros auront été rachetés, la catégorie « fonds monétaires court terme » accusant à elle seule, des flux sortants à hauteur de 42 milliards et ce, tout au long de l’année. Sur un plan européen, cette « visibilité » de la déconfiture du monétaire de droit français est entière : l’Efama (European Fund and Asset Management Association) relève dans son étude arrêtée à fin novembre 2013 que sur 70 milliards de rachats opérés sur l’ensemble des fonds monétaires Ucits, les flux sortants de produits de droits français comptent pour un peu plus de la moitié. La faiblesse des rendements servis explique ces rachats. En moyenne, selon Europerformance-a Six Company, un OPCVM de trésorerie court terme a délivré 6 points de base (pb) de rendement annuel, soit 3 pb de moins que le rendement du taux sans risque, l’Eonia, tandis qu’un fonds de trésorerie aura offert aux environs de 20 points de base.

2014, année plus douce ?

Outre d'importants rachats guidés par une recherche de rendement plus vigoureux, cette catégorie de fonds a vécu de nombreuses opérations de fusions/absorptions, impliquant un transfert d’encours de la catégorie Trésorerie court terme vers le compartiment Trésorerie de l’ordre de 16 milliards d’euros sur les deux dernières années. C’est le cas de Groupama Trésorerie géré par Groupama Asset Management « repositionné » en 2012, « avec des échéances plus long terme (la vie pondérée moyenne des sous-jacents pouvant aller jusqu’à un an…), ce qui nous a permis de collecter un milliard d’euros en 2013 », retrace Thomas Prince, responsable de la gestion monétaire de la maison de gestion. Si ce dernier atteste que les mouvements de passifs de ces fonds et notamment des OPCVM Trésorerie « ont été particulièrement violents », avec notamment un phénomène de réallocation sur des supports plus risqués et donc plus rémunérateurs (fonds obligataires…), 2014 pourrait être une année plus douce pour les gérants monétaires. « Nous portons une attention toute particulière aux décisions de la Banque centrale européenne (BCE), explique Thomas Prince. Alors qu’en juin 2013, l’excédent de liquidités atteignait 250 milliards d’euros, en zone euro, il s’est fortement réduit pour passer en-dessous des 150 milliards sur la fin de l’année ».

Depuis fin novembre 2013 et pour la première fois depuis 2011, le taux interbancaire a été signalé à plusieurs reprises au-dessus du taux de refinancement de la BCE (0,359 % le 20 janvier contre un taux de refinancement à 0,25 %). « Nous revenons à une période de normalisation qui est bienvenue », se félicite avec soulagement le gérant. Sauf intervention de la BCE, nous nous attendons à une remontée douce sur la partie longue de la courbe de l’Eonia, laissant entrevoir des solutions d’investissement intéressantes pour les gérants monétaires », anticipe-t-il.

Mais cette bouffée d’air pourrait avoir ses limites. Ce dernier indique surveiller également les évolutions réglementaires, notamment Bâle III qui instaure le ratio de liquidité à court terme (LCR) des banques. Pour se protéger contre les situations de stress ponctuelles, elles doivent détenir des actifs de grande qualité, très liquides afin de résister au moins 30 jours calendaires à des sorties de trésorerie. « Leur comportement reste crucial,souligne-t-il. Les banques sont peu incitées à émettre à moins de 30 jours et les rémunérations de ces papiers sont particulièrement contraintes. » Entre autres points passés sous son radar, le projet de réforme des fonds de trésorerie portés par la Commission européenne, « qui impose davantage de moyens (notation interne…) pour suivre le marché monétaire ». Et donc des coûts qui pourraient éroder un peu plus encore la performance des OPCVM de trésorerie.

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