L’avis de... Raphaël Trotignon, chercheur à la chaire Economie du climat

« Le monde de la finance carbone pourrait se fragmenter »

le 17/01/2013 L'AGEFI Hebdo

Comment le marché du carbone peut-il retrouver une dynamique?

Au niveau international, il faudrait accélérer la mise en place d’un mécanisme de type Kyoto numéro 2 pour relancer la demande, mais les avancées de la dernière conférence de Doha, minimes, laissent augurer tout au mieux des progrès d’ici à trois ou quatre ans. Hors négociations internationales, on peut aussi imaginer des avancées au fil d’initiatives existantes comme celles de l’Europe, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, ou à venir comme l’initiative de la Californie prévue pour cette année ou de la Corée du Sud d’ici à 2015. Le monde de la finance carbone serait donc plus fragmenté. En attendant, les acteurs qui avaient misé sur la réduction des émissions de carbone ont fait marche arrière depuis 12 à 18 mois.

La finance carbone a-t-elle encore un rôle à jouer en Europe ?

Elle sert à atteindre l’objectif global de réduction des émissions de carbone à moindre coût. Certes, suite à la crise économique, les émissions ont baissé et l’objectif actuel de l’Europe - une baisse de 20 % des émissions d’ici 2020 par rapport à leur niveau de 1990 - est quasiment acquis, l’Europe ayant d’ores et déjà atteint un baisse de 15 %. Très faible, le prix du quota devrait le rester jusqu’en 2020 et la finance carbone ne semble donc plus indispensable tant qu’on ne considère pas avec sérieux les enjeux de plus long terme. A l’horizon 2050 en effet, l’Europe affiche un objectif de réduction de 80 % de ses émissions - la France de 75 % - et la finance carbone est nécessaire pour assurer une transition économiquement efficace vers cet objectif.

Comment garder au système européen son intérêt en attendant ?

Pour remédier à l’excédent de quotas attribués aux acteurs, des objectifs fermes à l’horizon 2030, 2040 et 2050 devraient être arrêtés mais certains Etats Membres dont la Pologne notamment s’y opposent. Du coup, la Commission veut jouer sur le calendrier des enchères. Cette solution ne sera qu’un expédient politique, source d’incertitudes pour les acteurs puisqu’on changerait des règles qui étaient données comme fixes au départ.

A lire aussi