Un modèle de gestion en péril

le 30/01/2014 L'AGEFI Hebdo

A quand un sursaut de la gestion française ? Pour la quatrième année consécutive, les fonds de droit français ont connu une décollecte en 2013 et les encours sont en baisse pour la quatrième fois en six ans. Le bilan est rude, comme le relève notre dossier en partenariat exclusif avec EuroPerformance-a Six Company (lire page 24). La situation n’est certes pas nouvelle, mais elle devient plus alarmante chaque année : cette fois-ci, toutes les catégories de produits, y compris les structurés, ont souffert. D’autant qu’il ne peut être question d’incriminer la crise de la zone euro : seul le marché français n’a pas bénéficié de la dynamique retrouvée sur les marchés actions dont ont su profiter les asset managers d’Europe du Nord comme du Sud !

Bien évidemment, l’hémorragie est encore plus profonde pour les fonds monétaires. En période de taux bas, qu’attendre d’un produit dont l’objectif est d’offrir une performance proche des taux d’intérêt à court terme ? Touchée dans son métier historique, la gestion française l’est aussi dans sa plate-forme : tandis que les épargnants français se sont massivement reportés vers les produits bilanciels bancaires et continuent de délaisser les actions, le label « droit français » ne fait pas le poids face aux bulldozers luxembourgeois et irlandais pour attirer les investisseurs étrangers plus friands de risque.

Certes, les fonds de droit français ne représentent pas l’ensemble du secteur de l’asset management français. Celui-ci reste dynamique sur d’autres segments, notamment via les fonds domiciliés sur d’autres places (un procédé accessible à tous mais coûteux) ou les mandats de gestion ou fonds dédiés. Certaines sociétés de gestion, grandes et petites, savent aussi tirer leur épingle du jeu à l’international.

Il n’empêche, l’industrie doit se mobiliser. Alors que la Place de Paris a réussi à rapatrier les émissions primaires obligataires des grandes entreprises, pourquoi ne pourrait-elle pas faire revenir les investisseurs sur sa plate-forme de gestion ? Bien sûr, cela nécessitera un effort massif de marketing, un renforcement de l’expertise en matière d’administration de fonds et surtout l’accélération de la restructuration des gammes des grandes maisons, avec la naissance de quelques flagships capables d’être les têtes de pont du renouveau. Cela signifie aussi s’éloigner de l’expertise monétaire, par ailleurs menacée par le projet de taxe sur les transactions financières et la réforme européenne des fonds monétaires. Il en va du modèle économique des grandes gestions, mais aussi du devenir de la Place de Paris. Ce ne sont pas les réussites de quelques boutiques ou acteurs de niche qui peuvent à elles seules l’assurer.

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