G20

Mobilisation générale

le 27/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Système monétaire international, marchés de matières premières... La France organise les travaux.

Tous les sujets sont sur la table. » Nicolas Sarkozy a fixé des priorités ambitieuses à la présidence française du G20, souhaitant « ouvrir des dossiers de fond pour présenter des résultats concrets ». L’agenda, déjà très chargé par les précédents sommets, notamment en matière de régulation financière (risque systémique, market integrity, bonus, shadow banking…), s’enrichit donc de plusieurs chantiers : réformer le système monétaire international (SMI), lutter contre la volatilité des marchés de matières premières, moderniser la gouvernance mondiale et financer le développement. Autant de sujets servis par l’actualité et les tensions actuelles sur les changes, les denrées alimentaires et le pétrole. Si Nicolas Sarkozy affiche ses objectifs, il prend garde de préempter les débats et de préjuger des résultats. « Ce sont des chantiers dont j’ai bien conscience qu’ils sont colossaux, qu’ils ne pourront être achevés au terme d’une seule année », avait-il déjà prévenu. Ces dernières semaines, le président de la République a consulté plusieurs de ses partenaires, des Chinois aux Américains, en passant par les Russes et les Indiens, et des responsables d’organisations internationales pour préparer les travaux. « Nous avons un rôle d’animateur, nous devons mettre en sourdine nos intérêts et chercher des solutions consensuelles », souligne une source française.

Groupes d’étude

Les travaux sont répartis dans plusieurs « filières » (finances, agriculture, développement, emploi), avec des groupes thématiques coprésidés par un pays développé et un émergent. Dans la filière « finances », le nouveau groupe sur le SMI est confié à l’Allemagne et au Mexique (qui prendra la présidence du G20 en novembre). Il chapeaute deux sous-groupes, l’un sur le financial safety net (système de crédits multilatéraux accordés de manière préventive aux pays émergents pour les aider à faire face à des sorties brusques de capitaux) et la liquidité (France, Mexique), et l’autre sur les flux de capitaux (Allemagne, Brésil). Les Vingt ont aussi décidé de créer un groupe d’étude sur les matières premières. La Russie a accepté de s’investir plus spécifiquement sur le sujet.

D’autres groupes sont reconduits, comme celui sur le « cadre pour une croissance forte, durable et équilibrée », créé au sommet de Pittsburgh en 2009 et dirigé cette année par le Canada et l’Inde. Le G20 de Séoul lui a donné pour mission de proposer, avec l’aide du Fonds monétaire international (FMI), des indicateurs (indicative guidelines) pour évaluer les déséquilibres persistants des balances courantes. Cette démarche fait suite à la proposition de Tim Geithner, le secrétaire au Trésor américain, d’instaurer des cibles numériques de 4 % du PIB pour les déficits et les excédents courants. Une idée rejetée par la Chine et l’Allemagne à Séoul. Les premières pistes évoquées portent sur la nature des échanges, le niveau de développement, la démographie, la flexibilité du taux de change, etc. Paris espère que les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales se mettront d’accord sur ces indicateurs dès février (une première évaluation est prévue cette année). Par ailleurs, les Etats-Unis supervisent la réflexion sur les subventions aux énergies fossiles, et la France et la Corée s’occupent de la volatilité de leur prix. Enfin, au sein des autres filières, des groupes sont dédiés à la protection de l’environnement marin (Russie, Turquie, Brésil), au développement, à la lutte contre la corruption ou encore à l’emploi. Le Royaume-Uni se penchera plus particulièrement sur la gouvernance mondiale.

En interne, l’Elysée a sonné la mobilisation générale (voir l’organigramme page 10). Xavier Musca, secrétaire général adjoint de l’Elysée, tient chaque jeudi un comité de pilotage qui rassemble des équipes de la présidence, de Bercy, de la Banque de France et d’autres ministères s’il y a lieu. En parallèle, chaque administration organise régulièrement des réunions thématiques. « Tout notre travail servira à alimenter les groupes de travail internationaux, explique un conseiller. La France aura aussi pour rôle de sélectionner et de mettre en avant les rapports commandés aux organisations internationales. » Le G20 de Séoul a commandé de multiples rapports au FMI, à la Banque Mondiale, au Conseil de stabilité financière (FSB), à l’Organisation mondiale du commerce, à la FAO (Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture), à l’Organisation internationale des commissions de valeurs (OICV), etc. Tout au long de l’année, les ministres des Finances et les gouverneurs de banques centrales, et à un niveau inférieur leurs suppléants (deputies), tenteront de rapprocher leurs positions (voir le calendrier page 9). A l’automne, les sherpas reprendront la main, assemblant les contributions de toutes les filières, afin d’instituer un interlocuteur unique sur l’ensemble des sujets.

Consultations

Le G20 ne risque pas de manquer de matière grise. Politiques, économistes, professeurs d’université et chefs d’entreprise foisonnent de propositions. « C’est fou le nombre de gens qui ont des idées à notre place », plaisante un officiel. L’Elysée et Bercy consultent à tout-va, notamment les professionnels de la finance. Paris Europlace a mis en place trois commissions spéciales G20 sur les nouvelles régulations, les matières premières et les infrastructures de marchés (L’Agefi Hebdo du 2 décembre). Elles pourraient faire leurs premières recommandations mi-février, par exemple sur la mise en place de registres de données (trade repositories) pour les dérivés de matières premières échangés de gré à gré (over-the-counter, OTC).

Côté entreprises, un « G20 Business », organisé par la Chambre de commerce internationale, le Forum économique mondial et le Medef, devrait à nouveau avoir lieu en fin d’année. A Séoul, près de 120 chefs d’entreprise, dont Gérard Mestrallet (GDF Suez), Chistophe de Margerie (Total) ou encore Patrick Kron (Alstom), avaient planché sur le commerce et les investissements directs à l’étranger, la stabilité financière et le financement de l’économie, la croissance verte et l’efficacité énergétique.

Mais Paris compte bien donner quelques orientations, notamment sur la réforme du système monétaire international. Trois axes de travail sont proposés : coordonner les politiques macroéconomiques (indicative guidelines), protéger les pays émergents (financial safety net) et diversifier les réserves de changes. « L’essentiel, c’est qu’on ouvre tous les débats et qu’on avance sur chacun d’entre eux, a dit le ministre des Finances Christine Lagarde, qui espère trouver un accord sur le cadre idoine de discussion sur les changes. Il ne va pas y avoir de mesure phare, ça relève de l’illusoire. »

Plusieurs questions sont posées. Le FMI doit-il surveiller davantage les contrôles de capitaux ? Le renminbi peut-il entrer dans la composition des droits de tirage spéciaux (DTS) ? Faut-il une allocation plus régulière de DTS ? Doit-on créer des DTS contingents utilisables en temps de crise ? Faut-il imposer des seuils aux réserves de change ? Nicolas Sarkozy ne souhaite pas « remettre en cause le dollar, qui joue un rôle éminent et doit être une monnaie forte ». Mais il estime que le G20 pourrait s’accorder sur un calendrier pour élargir la composition des DTS. « L’émergence de nouvelles puissances économiques conduira inéluctablement à l’émergence de nouvelles monnaies internationales », a-t-il précisé.

Plus de transparence

Bien sûr, les poids lourds du G20 ont eux aussi fait entendre leur voix sur le sujet. Le président chinois Hu Jintao, avant sa visite aux Etats-Unis, a qualifié le système actuel de « produit du passé ». Le président américain Barack Obama, lui, a répété que le renminbi était « sous-évalué ». Au terme de leur rencontre, sans avancée majeure, les deux leaders ont simplement réitéré leurs engagements de politique macroéconomique. Les Etats-Unis ont toutefois apporté leur soutien à la Chine dans ses efforts pour internationaliser le renminbi et promouvoir son inclusion dans le panier des DTS.

Dès mars 2009, le gouverneur de la banque centrale chinoise, Xiaochuan Zhou, a proposé de donner un plus grand rôle aux DTS. « Les DTS peuvent servir de monnaie de réserve supranationale, on pourrait réfléchir à augmenter leur allocation », avait-il déclaré. En avril 2009, le G20 de Londres a ouvert la voie en demandant au FMI une allocation de DTS de 250 milliards de dollars.

De l’avis général, les chances d’avancer sur ce sujet d’ici à novembre sont minces. « Ce n’est pas en quelques mois qu’on va changer le SMI, admet Marc Uzan, directeur du Comité pour réinventer Bretton Woods. Mais les Chinois vont sans doute lâcher quelque chose, et il y aura au moins un accord sur la manière dont un pays doit gérer ses flux de capitaux. Le système actuel est trop bancal, il engendre trop de tensions. »

En ce qui concerne les matières premières, la France souhaite à la fois s’atteler aux marchés physiques (améliorer le dialogue entre producteurs et consommateurs, définir un code de bonne conduite en matière de restriction des exportations, renforcer les stocks régionaux, créer des bases de données sur le modèle du Joint Oil Data Initiative…) et aux marchés de dérivés (créer des trade repositories, standardiser et compenser un maximum de contrats, imposer des limites de position…). L’OICV doit faire des recommandations au FSB en avril sur les moyens d’améliorer la transparence et le fonctionnement des marchés de futures. A noter également : un travail est prévu sur le rôle des agences d’information telles que Platts et Argus*. Sur les dérivés, l’idée est de s’inspirer de la réglementation américaine, considérée comme la plus avancée. « La standardisation, la compensation et l’enregistrement sur des bases de données d’un maximum de dérivés sont de bonnes choses, estime Pierre de Lauzun, directeur général délégué de la Fédération française bancaire. Mais les marchés de matières premières sont très spéciaux et très compliqués. Beaucoup d’industriels et de consommateurs y interviennent. Il faut les analyser de manière approfondie avant de les réguler. » En Europe, la Commission a proposé un règlement sur les dérivés OTC en septembre dernier, mais le Royaume-Uni n’y serait pas entièrement favorable. De la difficulté de mettre d’accord 20 pays.

*Platts et Argus fournissent des informations principalement sur les marchés du pétrole

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