Dossier Assemblées générales

Mixité des conseils d'administration, la France est en avance

le 29/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Plus de la moitié des entreprises du CAC 40 est déjà en conformité avec la loi. La mixité peine cependant à s'imposer dans les comités exécutifs.

Les entreprises françaises peuvent se flatter de faire la part belles aux femmes dans leur conseil d'administration : alors que seuls 14 % des administrateurs sont des administratrices à l'échelle européenne, elles sont 21 % dans l'Hexagone, du moins pour les valeurs du CAC 40. La Commission européenne a d'ailleurs lancé une consultation publique jusqu'au 28 mai sur les progrès de la mixité dans les conseils, avec, en ligne de mire, une possible initiative législative.

Car c'est bien sous l'impulsion d'une contrainte réglementaire que les entreprises françaises se sont converties à la mixité : la loi Copé-Zimmermann du 27 janvier 2011 impose aux sociétés cotées un quota de 20 % de femmes dans leurs conseils d'administration à l'issue des assemblées générales de 2014, et 40 % après celles de 2017. Ce dernier quota concerne aussi les entreprises non cotées employant plus de 500 salariés.

Certaines sociétés sont largement en avance sur ce planning, à l'instar de Publicis, comptant 43 % de femmes dans son conseil de surveillance, Vallourec (36 %), BNP Paribas (35 %), PPR (33 %) ou Safran (33 %), selon la dernière étude d'Ethics & Boards. Certains grands noms du CAC 40 affichent en revanche un retard important puisque EADS et STMicroelectronics ne comptent aucune femme dans leur gouvernance. « Leur proportion dans les conseils n'est pas liée au secteur d'activité mais à la culture d'entreprise », indique Tita Zeitoun, présidente du cabinet d'audit Boissière Expertise et fondatrice de l'association Action de femme.

Choisies pour leur expertise

S'il reste encore beaucoup à faire dans certaines entreprises, l'époque où seules les « femmes de » ou les « filles de » étaient présentes dans les conseils d'administration semble révolue. « Nous constatons l'augmentation du nombre d'administratrices étrangères : les entreprises s'intéressent à leurs compétences sur leur marché, note Tita Zeitoun. C'est une tendance très récente. » Les femmes sont donc - c'est une bonne nouvelle - désormais choisies pour leur expertise. « L’obligation de nommer des femmes dans les conseils d'administration a permis de réduire la complaisance dans les nominations, y compris chez les hommes !, constate de son côté Pierre-Henri Leroy, président de Proxinvest. Mais nos clients s'intéressent plus à l'indépendance des administrateurs qu'à la mixité des conseils. »

Autre tendance, le cumul des mandats, fréquent chez les administrateurs, commence à toucher les administratrices, à l'instar de la directrice générale d'Artemis, Patricia Barbizet, ou plus récemment de l'ex-secrétaire d'Etat Anne-Marie Idrac. Administratrice chez Vallourec et Saint-Gobain, cette dernière devrait rejoindre les conseils d'administration de Total et Bouygues cette année, à l'issue des assemblées générales de ces groupes.

« Il n'y a pas eu, cette année, de résolutions proposant de remplacer une femme par un homme, constate par ailleurs Tita Zeitoun. C'est une bonne nouvelle. » Mais la féminisation des conseils est l'arbre qui cache la forêt : les femmes ne représentent que 7,5 % des membres des comités exécutifs du CAC 40, alors qu'elles comptent pour 29,5 % des cadres. « Les pratiques doivent encore évoluer dans les 'comex' et les 'codir', où les femmes sont peu présentes, et le plus souvent cantonnées aux directions de la communication et des ressources humaines », confirme Tita Zeitoun.

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