Entretien avec... Frédéric Buzaré, responsable de la gestion actions de Dexia Asset Management

« La mission d’une banque centrale est un choix collectif »

le 05/01/2012 L'AGEFI Hebdo

L’accord du 9 décembre entre chefs d’Etat et de gouvernement éloigne-t-il les risques pour la zone euro ?

C’est une percée mais rien de révolutionnaire. Il y a le désir de changer de culture. Les dirigeants européens ont osé poser les questions qui fâchent, qui sont des questions politiques. Jusqu’à présent, ils s’étaient concentrés sur la résolution du problème grec. Face à la dynamique négative du marché, on sent la volonté d’imprimer une dynamique positive. Les fondations d’une union fiscale ont été bâties, il reste à construire les murs. Cela prendra du temps. Entre le traité de Maastricht et l’Union monétaire, il s’est écoulé huit ans.

Cette « fondation » suffit-elle à rassurer les marchés ?

Le fait est que les gouvernements ont jusqu’à présent eu du mal à transposer dans la réalité les accords des précédents sommets. Mais le marché est désormais réaliste et n’attend plus le grand soir. On ne peut pas résoudre en un sommet les trois problèmes concomitants de la solvabilité, de la liquidité et de la croissance. L’austérité peut régler le problème de la solvabilité. Le programme de la Banque centrale européenne (BCE), dont l’impact a été sous-estimé pour l’instant, s’attaque à celui de la liquidité. Reste la croissance. Il faut un agenda 2020 pour l’Europe, comme l’agenda 2010 du chancelier Schröder jadis.

Le moment n’est-il pas venu de poser aussi la question du mandat de la BCE ?

Le contexte historique de création d’une banque centrale détermine son ADN. Le concept de banque centrale indépendante promu par les monétaristes à la fin des années 70 a déterminé le mandat de la BCE. Depuis, les travaux d’Irving Fischer et Hyman Minsky ont montré que, paradoxalement, la stabilité permise par cette approche monétariste pouvait se traduire en définitive par des comportements déviants. En Europe, il faudrait se poser la question de savoir pourquoi il y a un dysfonctionnement des canaux de transmission de la politique monétaire. C’est un débat politique qui reste à mener en 2012, car la mission d’une banque centrale est un choix collectif qui n’est pas gravé dans le marbre. Mais pour l’instant, il n’y a pas de consensus entre la vision allemande dominée moins par la peur de l’inflation que par l’aléa moral, et ceux dont la priorité est d’éviter la contagion.

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