Le "minimum variance" fait des adeptes

le 19/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Cette technique de gestion permet de limiter les pertes dans les portefeuilles actions en focalisant le processus d’investissement sur le risque.

En janvier dernier, Natixis AM a étoffé sa gamme de produits minimum variance avec un nouveau fonds Monde, après un premier fonds en actions européennes en 2011. Preuve de l’essor de cette technique de gestion dans les marchés actuels. Chez Unigestion, l’un des premiers établissements à avoir mis en application cette approche dans ses portefeuilles sous l’égide de Fiona Frick, actuelle responsable des investissements du gestionnaire suisse, toute la gestion actions passe par ce filtre. Amundi en a fait l’un de ses axes d’investissement pour 2012. Le promoteur d’ETF (

exchange-traded funds) Ossiam, l’un des derniers venus sur le créneau, propose aussi, pour se différencier de ses concurrents, des produits répliquant des indices minimum variancesur les actions européennes et américaines.

Eloignement des indices

Cette approche répond à la problématique actuelle de nombreux investisseurs institutionnels : ils doivent investir une partie de leur portefeuille en actions pour couvrir leur passif mais veulent réduire le risque de pertes importantes inhérent à la classe d’actifs. «Avec des pertes maximales de 47 % de 1999 à 2002, puis de 55% entre fin 2006 et mi-2008, le gain annualisé de l’indice MSCI World se limite à 1,5 %», analyse Alexei Jourovski, responsable actions chez Unigestion. Or après de telles chutes, il est compliqué de retrouver sa mise de départ.

«Après les crises des dix dernières années, les investisseurs sont confrontés à un contexte de marché où les risques sont plus élevés et les rendements plus faibles, expose Romain Boscher, directeur de la gestion actions chez Amundi. Cela entraîne un renversement de leurs priorités. Leur objectif n’est plus d’optimiser la performance de leur portefeuille par rapport à un indice de référence sous contrainte de déviation limitée par rapport au ‘benchmark’ mais de faire la meilleure performance absolue sous contrainte de risque.» La stratégie minimum varianceest l’une des nombreuses réponses à cette problématique car elle met le risque au centre de la construction des portefeuilles. «Ce processus d’investissement de nouvelle génération offre une bonne asymétrie aux performances du marché et une diversification maximale», poursuit Romain Boscher. En moyenne, les fonds minimum variance d’Amundi sur un périmètre européen ont participé à 65% à la hausse et 27% à la baisse sur trois ans.

«Nous nous concentrons sur la diminution de la volatilité du portefeuille, explique Nicolas Just, gérant de Natixis Min Variance Monde chez Natixis AM. Après avoir éliminé de la sélection les titres les moins liquides, nous allons calculer les volatilités et les niveaux de corrélation entre les titres restant sur trois ans. Une matrice combinant ces éléments va nous permettre de construire un portefeuille théorique à partir des meilleures combinaisons possibles pour obtenir la volatilité la plus faible. Le portefeuille va ensuite évoluer en fonction du marché et pourra être rebalancé s’il s’écarte trop du portefeuille théorique.»

Le principal inconvénient de ce type de stratégie est qu’elle peut s’éloigner des indices. «La ‘tracking error’ peut être supérieure à 10%, ce que certains investisseurs ne peuvent se permettre», précise Nicolas Just. Pour réduire le risque de perte, il faut en effet s’écarter de l’indice. Etant construit sur la base des capitalisations (indice capi-pondéré), ce dernier a tendance à favoriser les phénomènes de constitution et d’éclatement des bulles. L’ajustement du portefeuille en fonction des volatilités va permettre d’éviter ces concentrations de risque. «En théorie, il est possible de réduire d’un quart la volatilité d’un portefeuille. Les modèles développés par Natixis AM permettent de la diminuer de 30%», ajoute Nicolas Just.

«Un portefeuille optimisé pour avoir le risque le plus faible génère une meilleure performance à long terme», indique Alexei Jourovski. Depuis son lancement en mai 2004, le fonds Uni-Global Minimum Variance Europe (1,5 milliard d’euros sous gestion) affiche un gain annualisé de 7,8%, contre 3% pour l’indice Stoxx Europe 600 avec une volatilité un tiers inférieure.En 2011, le fonds a dégagé une performance positive de 2,9%, avec une volatilité de 15,7%, alors que l’indice perdait 8,6% et que sa volatilité était de 23,9%.

L’approche minimum variance ne fonctionne toutefois pas dans tous les environnements. Elle est moins efficace en cas de tendance haussière continue, comme en 2005 ou pendant les rallys thématiques comme en 1999 (bulle internet) ou encore en 2009 (rebond des valeurs cycliques). Actuellement, le marché semble néanmoins assez loin de ce type de configuration.

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