Dossier ISR

Les métiers de la gestion ISR diffusent leur philosophie

le 06/06/2013 L'AGEFI Hebdo

L'investissement socialement responsable nécessite désormais des formations spécifiques mais reste un secteur de passionnés.

Pour les gérants ISR (investissement socialement responsable), il n’y a pas un apprentissage « type », mais plusieurs chemins possibles pour s’immerger dans l’univers des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). « Depuis quelques années, nous constatons l’émergence dans l’enseignement supérieur de diplômes liés au développement durable, mais pour la majorité des professionnels de l’ISR en place aujourd’hui, les parcours se sont constitués en fonction des opportunités », explique Gaëtan Obert, responsable de la recherche ISR et de la gestion actions ISR de BNP Paribas Investment Partners.

Parmi les gérants ISR qui ont commencé leur carrière il y a une quinzaine d’années, beaucoup se sont formés eux-mêmes. C’est le cas de Jean-Marc Maringe, qui, après avoir été analyste financier durant plusieurs années, devient gérant en 1998 en rejoignant Axa Investment Managers (IM). Il y est aujourd’hui responsable de la gestion ISR. « La société avait gagné un mandat de gestion d’épargne salariale, avec un investissement dans des valeurs moyennes qui impliquait, comme critère d’investissement, la politique sociale des entreprises, raconte-t-il. C’était la première fois qu’un critère non financier figurait parmi les critères d’investissement. Au début, on ne sait pas trop comment l’appréhender, et il n’y avait pas à l’époque de formation sur ce sujet. J’ai donc regardé les critères sociaux au sein des entreprises, examiné leurs bilans sociaux et discuté avec elles. Aujourd’hui, je gère toujours ce mandat, avec ce même critère social. » L’orientation d’une carrière vers l’ISR peut aussi s’effectuer au gré des rencontres. « En 2005-2006, je travaillais chez Oddo Securities, j’avais beaucoup d’atomes crochus avec le responsable de la recherche ESG. Lorsque la question de sa succession s’est posée, il a pensé à moi et j’ai réellement basculé dans l’ISR en 2008 », explique Sébastien Thévoux-Chabuel, responsable de l’analyse extra-financière chez Groupama Asset Management (AM).Créée en 1997, l’agence de notation sociale Arèse (devenue Vigéo) a contribué à la formation des professionnels de l’ISR. « Peu de formations existaient en 2000 lorsque j’ai débuté ma carrière de gérant actions ISR, la mienne s’est faite sur le tas, et notamment grâce aux échanges avec l’Arèse, j’ai réalisé mon apprentissage à la gestion ISR », se souvient Frédéric Meschini, gérant actions chez OFI AM depuis juin 2012. C’est aussi vers l’Arèse que se dirige Christine Clet lorsqu’elle se voit confier, fin 2001, par l’assureur AGF (aujourd’hui Allianz Global Investors) un projet de création d’un fonds ISR. « Je devais m’occuper de la méthodologie, de la façon d’inclure des critères ISR, etc., rapporte-t-elle. Je me suis adressée à l’Arèse, je suis allée me former auprès de ses analystes. Cela m’a permis ensuite d’élaborer notre propre méthodologie pour notre fonds ISR. »

Tous les gérants concernés

Signe positif pour les spécialistes de ce métier : aujourd’hui, le thème de l’ISR s’intègre aussi dans la gestion classique. « La recherche ISR est aussi diffusée auprès des gérants non ISR, notre volonté est d’intégrer ces critères de façon plus large au sein d’Axa IM, déclare Jean-Marc Maringe. Par exemple, la politique de vote des sociétés lors des assemblées générales constitue un bon moyen de diffusion de l’ISR. » « Un gérant qui a une vision un peu longue se pose naturellement des questions liées à des enjeux de développement durable, souligne Christine Clet. Finalement, les gérants font de l’ISR sans le savoir ! » D’autres vont plus loin. « En juillet prochain, nous allons mettre en place des comités IR (investissement responsable, NDLR), dévoile Sébastien Thévoux-Chabuel de Groupama AM. L’idée est d’indiquer à tous les gérants les risques extra-financiers importants de sociétés qu’ils ont dans leur portefeuille et ils pourront répondre de leurs actes de gestion sur ces risques extra-financiers. L’objectif est de responsabiliser les gérants avec un principe de 'comply or explain'. Il sera alors possible, si certains cas l’exigent, que le gérant sorte la ligne de son portefeuille. Néanmoins, des freins demeurent et la difficulté du métier est de convaincre les investisseurs. « Le concept d’ISR n’est pas facile à expliquer aux clients car chacun a sa définition, raconte Christine Clet. Ensuite, il faut expliquer que l’ISR ne leur coûtera pas de performance, le profil de risque étant assez proche d’une gestion classique. En raison du risque de réputation, certains investisseurs ne veulent pas en entendre parler. Les clients ne veulent pas s’exposer à des controverses en étant pris à parti par des ONG (organisations non gouvernementales, NDLR), cela leur fait très peur. »

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