Les métaux de base vers des sommets

le 10/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Le cuivre et l’étain, entre autres, sont portés par les perspectives de la demande en Asie et aux Etats-Unis, et une offre sous contrainte.

Le prix du cuivre vole de record en record, entraînant les autres métaux de base dans son sillage. Le future à trois mois du London Metal Exchange (LME) a touché un plus haut de 10.160 dollars la tonne le 7 février, en hausse de 35 % depuis début 2010 et de 257 % depuis son point bas fin 2008. Les contrats de référence du Shanghai Futures Exchange et du New York Mercantile Exchange ont eux aussi atteint des sommets ces derniers jours. Le cuivre, considéré comme un baromètre de l’activité économique (d’où le surnom « doctor copper »), a été porté par les bons indicateurs enregistrés aux Etats-Unis, deuxième consommateur au monde après la Chine, et en Asie. Et ce malgré les inquiétudes liées au resserrement de la politique monétaire chinoise. Les autres métaux de base ont naturellement suivi la tendance, à commencer par l’étain qui a battu un record à 31.395 dollars la tonne le 7 février (+80 % depuis début 2010). Les marchés du cuivre et de l’étain sont les plus tendus, l’offre ayant du mal à satisfaire la demande avec des déficits attendus cette année. Mais même l’aluminium, le nickel, le plomb et le zinc, qui connaissent des niveaux de production et de stocks plus confortables, voient leurs prix augmenter.

Ce mouvement s’explique d’abord par des facteurs fondamentaux. Mais comme pour l’ensemble des matières premières, certains analystes pointent le rôle de la Réserve fédérale américaine et de sa politique monétaire expansionniste dans l’afflux de liquidités sur ces marchés. La relative faiblesse du billet vert rend les métaux, libellés en dollars, moins chers pour les détenteurs d’autres devises. Enfin, le développement des ETF (exchange-traded funds) adossés à des métaux physiques pourrait venir soutenir un peu plus la demande. JPMorgan et iShares comptent ainsi lancer des ETF sur le cuivre, qui pourraient détenir jusqu’à 183.000 tonnes de métal rouge à eux deux, soit 46 % des stocks disponibles dans les entrepôts du LME le 4 février.

Cuivre : vers un déficit

Le cuivre, utilisé dans la construction et la fabrication de câbles électriques, devrait connaître un déficit de 435.000 tonnes en 2011 (après un surplus de 200.000 tonnes en 2010), sur une production totale en très légère hausse de 19,3 millions de tonnes, selon l’International Copper Study Group. Certains analystes prévoient même un déficit de 800.000 tonnes, soit deux fois les stocks actuels du LME, et un prix à 11.000 dollars la tonne dans les six mois à venir. L’offre est sous pression : les grandes compagnies minières (BHP Billiton, Freeport McMoRan, Rio Tinto et Xstrata) maintiennent difficilement leurs niveaux de production, plusieurs projets ont été retardés pendant la crise, certains gisements, comme en République démocratique du Congo, font face à des risques politiques et, d’une manière générale, la qualité du cuivre a tendance à baisser. « Avec la croissance de la demande en Chine (40 % de la consommation mondiale) et l’amélioration de l’activité manufacturière aux Etats-Unis et en Europe, les résultats décevants de la production sont un facteur clé qui pousse le marché à la hausse », note David Wilson, analyste chez Société Générale. Les stocks, eux, ont certes augmenté ces dernières semaines à 394.150 tonnes dans les entrepôts du LME le 4 février, mais restent en dessous de leur niveau d’il y a un an (540.000 tonnes).

Etain :les meilleurs fondamentaux

L’étain affiche la plus forte augmentation de prix du complexe des métaux de base sur un an. Son marché, beaucoup plus étroit que celui du cuivre, est confronté à des problèmes d’offre, dus en partie à un manque d’investissements ces dernières années. « Il y a deux producteurs principaux dans le monde, la Chine et l’Indonésie, précise Richard Brougère, trader chez Oddo Metals. La Chine consomme tout ce qu’elle produit, soit un tiers de la production mondiale, et l’Indonésie ne cesse de baisser ses exportations depuis 2005. Malgré l’augmentation des prix, aucun nouveau producteur n’a émergé. » La plupart des analystes anticipent un nouveau déficit cette année et une poursuite de la hausse des prix.

Aluminium : le substitut

L’aluminium a certes pris 12 % depuis début 2010 (à 2.541 dollars la tonne sur le LME le 4 février), mais il est encore 30 % en dessous de son point haut de juillet 2008, soit l’une des plus mauvaises performances du complexe. Non seulement le marché reste en surplus (900.000 tonnes cette année, après 1,78 million de tonnes en 2010 et 3,5 millions de tonnes en 2009, selon Oddo Metals), mais le niveau des stocks est en plus très élevé (près de 4,5 millions de tonnes dans les entrepôts du LME). « Certains investisseurs sont baissiers à cause des stocks, mais il est difficile de les retirer des entrepôts dans des délais raisonnables. Seule une petite quantité peut en sortir chaque semaine, assure Ric Deverell, analyste chez Credit Suisse, qui prévoit une hausse des prix de 5 % à 10 % cette année. Il sont aussi baissiers à cause des stocks et des capacité excédentaires en Chine, mais le gouvernement chinois risque de prendre des mesures commerciales restrictives pour réduire la production des usines d’aluminium, trop consommatrices d’énergie. »

La demande, elle, devrait continuer à augmenter à un rythme soutenu (+8,2 % en 2011, après +16,1 % en 2010, selon BNP Paribas), notamment en raison de la substitution croissante de l’aluminium aux autres métaux comme le cuivre. Le prix de l’aluminium par rapport à celui du cuivre est actuellement de 1 à 4, contre 1,5 ou 2 historiquement. « Personne ne sait jusqu’à quel point l’aluminium sera utilisé comme un substitut au cuivre et à l’étain, nous n’avons jamais vu des prix aussi hauts », dit Stephen Briggs, analyste chez BNP Paribas.

Nickel :un horizon baissier

Le prix du nickel a progressé de 49 % depuis début 2010 (à 28.350 dollars la tonne sur le LME le 4 février), mais reste bien en dessous de son plus haut de mai 2007. Le marché devrait connaître un nouveau déficit cette année, moins important que l’an dernier, que les stocks actuels suffiront amplement à couvrir, selon BNP Paribas. Un léger surplus de 80.000 tonnes est même prévu par l’International Nickel Study Group. « Le marché du nickel est difficile à prévoir parce que deux tiers de la demande viennent de la fabrication d’acier inoxydable, qui est très volatil, explique Stephen Briggs. Mais j’anticipe un gros surplus en 2012, qui dépendra quand même du succès de nouvelles mines. » Les prix actuels pourraient donc être surévalués.

Zinc et plomb :les moins performants

Le zinc et le plomb ont sous-performé le complexe depuis début 2010 (respectivement -3 % et +3 %, à 2.506 et 2.584 dollars la tonne sur le LME le 4 février), les deux métaux étant en surplus (233.000 et 90.000 tonnes en 2010 et 161.000 et 90.000 tonnes en 2011, selon l’International Lead and Zinc Study Group). Le plomb est sous pression en raison des stocks sur le LME qui, à près de 290.000 tonnes, sont à leur plus haut depuis avril 1995. « Les stocks ont nettement augmenté, mais ils ne représentent que deux semaines de la demande mondiale, le niveau le plus bas parmi les métaux de base, excepté le cuivre, nuance Stephen Briggs. De plus, les stocks industriels sont historiquement bas. Le marché peut se tendre rapidement. » Certains analystes n’anticipent qu’un léger surplus cette année, rendant le marché vulnérable à tout incident de production, comme la récente fermeture pour des raisons environnementales de la mine de la société Magellan en Australie (85.000 tonnes par an). Résultat, le prix du plomb pourrait se rattraper et augmenter de 16 % en 2011, selon un sondage Reuters de 41 analystes. Le zinc, lui, devrait rester le métal le moins prisé des investisseurs à court terme, les stocks étant très élevés et la production chinoise continuant à augmenter. « Ses fondamentaux sont loin d’être aussi bons que ceux du cuivre, affirme Michael Widmer, analyste de Bank of America Merrill Lynch. Mais pour des investisseurs de long terme, le zinc représente une opportunité intéressante puisque peu de nouveaux projets entreront en production dans les années à venir. »

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