L'avis de... Franck Dixmier, directeur Europe des investissements obligataires chez Allianz Global Investors

« Même si une certaine volatilité n’est pas exclue, les taux devraient rester bas »

le 27/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Les gérants obligataires doivent plus que jamais composer avec des niveaux de taux bas. Pensez-vous que cette situation va durer ?

Notre conviction est que les taux vont rester bas encore pendant longtemps. Cette information est déjà dans le marché si l’on se réfère aux taux forward. Ainsi, le taux 10 ans dans 10 ans de l’emprunt d’Etat allemand est de l’ordre de 3,30 %, ce qui est faible dans une perspective historique. Notre sentiment est renforcé par les récentes déclarations et décisions des banques centrales. Et même si une certaine volatilité n’est pas exclue, nous devrions rester sur des niveaux de taux bas. Ce d’autant que les perspectives en termes de croissance sont déprimées.

Y a-t-il un risque de taux à court terme ?

Les économies développées sont confrontées à des mouvements structurels majeurs qui rendent peu probable une hausse massive et rapide des taux à court terme. Ces pays ont vécu pendant des années dans l’illusion de la croissance, qui était en réalité financée à crédit (privé comme public). Aujourd’hui, il faut corriger ces excès. Une solution est de maintenir des taux courts suffisamment bas pour apurer l’endettement excessif. C’est la répression financière. C’est une façon de faire régler la note aux porteurs d’obligations et aux épargnants. La conséquence est que ce deleveraging pèse sur la croissance, qui devrait rester atone, sans compter que l’afflux de liquidité sur le marché n’est pas transmis à l’économie réelle et qu’il n’y a donc pas de risque élevé de transmission inflationniste à l’économie réelle.

Les récentes annonces de la Banque centrale européenne (BCE) changent-elles la donne et votre vue sur la zone euro ?

Par rapport au risque souverain, la décision de la BCE de lancer un nouveau programme de rachat illimité d’obligations de maturités inférieures à 3 ans est un tournant majeur dans la crise. La conséquence immédiate de l’annonce de Mario Draghi (président de la BCE, NDLR) est un changement de la perception des investisseurs du risque d’implosion de la zone euro. Cela s’est traduit, ces dernières semaines, par une forte réduction des primes appliquées aux dettes souveraines et privées des pays périphériques. Mais tout n’est pas réglé. Il reste des incertitudes.

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