Matteo Renzi joue son va-tout sur les réformes structurelles

le 13/03/2014 L'AGEFI Hebdo

L'Italie va devoir réaliser des changements majeurs. Bruxelles stigmatise ses déséquilibres macro-économiques excessifs.

Matteo Renzi, lors de son discours devant le Parlement italien, le 24 février.Bloomberg

Le bouillant Matteo Renzi, qui, à 39 ans, vient de prendre la tête du gouvernement italien, joue son va-tout sur sa capacité à imposer rapidement des réformes incisives. « Si nous perdons ce défi, ce sera de ma faute », a-t-il asséné dans son discours-programme au Parlement.

L’Italie est impuissante depuis des décennies à résoudre des problèmes endémiques comme la rigidité du marché du travail, l’évasion fiscale, la corruption ou l’inefficacité de l’administration. Il est difficile de penser que le nouveau président du Conseil pourra transformer l’Italie en cent jours, comme l’observe une note de Citi baptisée « Les souffrances du jeune Matteo Renzi ». Mais il est indéniable que le nouveau chef de gouvernement se trouve dans des conditions idéales. Il dispose d’un remarquable capital de confiance interne. Le spread entre le BTP italien et le Bund allemand est resserré – 178 points de base le 10 mars –, témoignant de la poursuite du retour de la confiance des marchés financiers vis-à-vis de la péninsule. Et si Matteo Renzi joue volontiers les trublions, il a confié le ministère de l’Economie et des Finances à Pier Carlo Padoan, un économiste venu de l’OCDE et du FMI, apprécié des alliés européens.

Le discours de programme de Matteo Renzi au Parlement, le 24 février, a cependant déçu les observateurs. Spontané mais brouillon, il était dépourvu d’indications sur la couverture budgétaire des mesures annoncées. Il a énoncé trois priorités. En premier lieu, le paiement aux entreprises de la totalité des arriérés de l’administration, estimés à 60 milliards d'euros (24 milliards ont été payés en 2013, 20 sont programmés pour cette année et un décret devrait débloquer le reste). Deuxième point, la constitution d’un fonds de garantie pour faciliter l’accès au crédit des PME. Troisième mesure, de loin la plus attendue, une réduction de l’ordre de 10 milliards d’euros du coût du travail. Selon l’OCDE, le taux de taxation globale du travail en Italie est de 47,6 % et le ministre de l’Economie Pier Carlo Padoan a fait de cette mesure la priorité absolue : « Nous devons nous attaquer aux raisons de fond de la faible compétitivité des entreprises, au premier rang desquelles il y a la question du coût du travail excessif », a-t-il déclaré.

Plan pour l’emploi, la clé de voûte

 

Mais le gouvernement Renzi est aussi et surtout attendu sur son plan pour l’emploi qui s’annonce comme la clé de voûte de son mandat dans un pays où le chômage frôle les 13 % de la population active (42,4 % pour la tranche d'âge 15-24 ans). Les grandes lignes sont connues. Le « Jobs Act » devrait remplacer la multiplicité des contrats de travail existants par un contrat unique à durée indéterminée, mais dont la protection pour les salariés irait croissant en fonction de l’ancienneté. Il s'agirait aussi de réformer l’indemnisation du chômage pour couvrir les travailleurs précaires, qui en sont aujourd’hui en grande partie exclus.

Mais ces mesures sont coûteuses et l’Italie a bien peu de marges de manœuvre pour les financer. Le pays reste sous haute surveillance de la part de la Commission européenne, qui, le 5 mars, a stigmatisé l’Italie – avec la Croatie et la Slovénie – pour ses déséquilibres macro-économiques excessifs. « L’Italie doit agir pour faire face à une dette publique très élevée [132,6 % du PIB en 2013, record historique depuis 1990, NDLR]et à une compétitivité extérieure faible, qui sont enracinées l'une et l'autre dans une croissance trop lente de la productivité et appellent une action politique urgente et décisive pour réduire les risques de retombées négatives sur l’économie italienne et sur la zone euro », a asséné Bruxelles. « Nous ne pouvons pas nous permettre de revenir à un déficit supérieur à 3 % du PIB. Ce serait une erreur », a expliqué le nouveau ministre de l’Economie. Il n’est toutefois pas impossible que la Commission puisse se montrer plus souple devant des réformes structurelles crédibles – en permettant par exemple l’utilisation sous condition de fonds européens. Le gouvernement Renzi compte aussi sur la réduction des dépenses publiques courantes, qui pourrait atteindre 5 milliards cette année.

En réalité, nombre d’observateurs pensent, à l’instar du président de la Confindustria (patronat) Giorgio Squinzi, que « la fraîcheur du président du Conseil et son élan vers le changement » sont appréciés, mais « qu’il est nécessaire que Matteo Renzi se mette concrètement au travail ». 

A lire aussi