Les marchés financiers d'Afrique de l’Ouest en voie d’intégration

le 10/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Le renforcement du cadre réglementaire et des plates-formes unifiées sont indispensables pour capter les flux d'investissements.

Pas de croissance économique sans places de marché sûres et fortes. Cet adage vaut aussi en Afrique subsaharienne, où les marchés financiers restent encore étroits. « Il y a un véritable momentum pour l’investissement en Afrique de l’Ouest, qui doit être accompagné et ses relais structurés, remarque Pascale Gallien, avocat associé chez Heenan Blaikie. Cela passe à la fois par l’organisation et l’intégration des marchés financiers pour une meilleure circulation des capitaux, mais aussi par le renforcement du cadre réglementaire et juridique. »

Hors Afrique du Sud, les plates-formes financières sont souvent locales. La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), en activité depuis 1998, est la seule place boursière parfaitement intégrée. Sa capitalisation boursière atteint 5.388 milliards de francs CFA au 4 juin 2013. « Elle a bénéficié de l’expérience de l’ex-Bourse des valeurs d’Abidjan, avec 35 sociétés cotées, et du fait d’avoir une banque centrale unique à la zone, rappelle Edoh Kossi Amenounve, directeur général de la BRVM et du DC/BR (dépositaire central / banque de règlement). Aujourd’hui, il faut renforcer l’intégration des autres places régionales. »

Car faute d’importants marchés boursiers, les débouchés pour l’investissement sont difficiles à identifier. Les investisseurs étrangers sont aujourd’hui cantonnés aux titres d’Etat et « les sociétés de capital-investissement ne peuvent accompagner leurs sociétés sur les marchés, dont la liquidité est trop étroite, et organiser leur sortie », note Edoh Kossi Amenounve. « Il faut développer des véhicules pour capter l’épargne de la classe moyenne émergente, soutenir l’activité entrepreneuriale et permettre la naissance d’un marché secondaire, aujourd’hui embryonnaire », souligne Pascale Gallien. Reste à construire un écosystème convaincant. « Pour que les marchés boursiers se développent, il faut une meilleure intégration des Bourses, une meilleure transparence et qualité de l’information et un cadre de protection pour les investisseurs », explique Thierry Tanoh, directeur général d’Ecobank Transnational Incorporated (ETI), la première banque panafricaine qui est cotée concomitamment sur les marchés d’Accra, de la BRVM et de Lagos.

De nombreux projets

Le renforcement du cadre juridique est en marche. En matière de droit des sociétés, les 17 pays africains membres de l’Ohada (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires) ont invité des experts à plancher sur une révision de l’Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales et du groupement d’intérêt économique. Jusqu’à ce jour, le texte restait inadapté aux stratégies financières et ne connaissait que les actions et obligations. « Il n’offrait pas une boîte à outils pour développer les marchés de capitaux africains », indique Pascale Gallien. Le texte sea adopté dans les prochains mois.

L’harmonisation monétaire pour la zone Cedeao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) est prévue à l’horizon 2020. Elle est au centre des discussions du Conseil des ministres de la Cedeao et passera d’abord par le lancement de la monnaie unique de la Zone monétaire de l’Afrique de l’Ouest (ZMAO) prévu en 2015, la zone UEMOA ayant déjà une monnaie unique. Mais « les marchés de capitaux n’attendent pas », lance Edoh Kossi Amenounve. Après la création du conseil régional des marchés de capitaux en janvier 2013, chargé d’étudier et de mettre en œuvre un marché intégré en Cedeao, un passeport commun pour les courtiers devrait voir le jour en 2014. Il leur permettra d’opérer sur les quatre places boursières d’Afrique de l’Ouest, « et aux investisseurs de n’avoir qu’une porte d’entrée », ajoute-t-il. Les étapes suivantes comprendront une reconnaissance mutuelle des visas (l’autorisation d’une émission par un régulateur sera reconnue par tous les autres) et la création d’une plate-forme unique pour certaines valeurs, « essentiellement pour les grandes entreprises », précise Edoh Kossi Amenounve.

La BVRM compte aussi initier de nouveaux projets pour se renforcer. « Nous travaillons au développement de la gestion collective, avec déjà dix fonds communs de placement, et l’activité de notation, naguère inexistante, a cours depuis quelque temps. Nous souhaiterions accueillir les agences de 'rating' internationales », déclare Edoh Kossi Amenounve. La Bourse est passée à la cotation en continu et envisage d’ouvrir un compartiment pour les PME. Enfin, elle encourage les activités de recherche et d’analyse des sociétés cotées. Reste à gérer le risque pays. « Il n’y pas de risque zéro. Mais le risque doit pouvoir être évalué », conclut Thierry Tanoh. 

A lire aussi