Les marchés financiers : c'est nous, en pire

le 09/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Haro sur les marchés financiers, leur égoïsme, leur myopie, leurs excès ! Mais, au fond, d'où vient donc leur argent ? Réponse : de nous car c’est surtout celui des gestionnaires d'actifs, plus des fonds de pension, plus des compagnies d'assurance sur la vie - de nous donc. Bien sûr, il y a celui que les hedge funds et autres spéculateurs ajoutent, mais ce n’est que pour accentuer les tensions dans un sens ou un autre, avec la dramatisation qui sied, jamais pour les créer, encore moins pour les inverser.

Ce ne sont pas les «marchés» qui ont créé le déficit budgétaire et la dette publique, ou laissé se creuser le déficit extérieur. On peut toujours leur reprocher d’alerter trop tard, de n’avoir pas vu venir la crise de la dette privée, notamment aux Etats-Unis, de ne pas s’inquiéter assez des pertes de compétitivité. Et alors? Oui, les marchés peuvent ne pas voir assez tôt, exagèrent toujours, ne corrigent pas, et se trompent aussi… mais souvent parce qu’on les trompe, avec des comptes faussés, des règles non suivies, des corps de surveillance qui ne font pas leur travail. Ce sont des révélateurs, au mieux ; jamais des réparateurs. Bref, on gagnerait davantage de temps à suivre les envolées du crédit, où qu’elles soient, qu’à chercher une victime émissaire pour nos désillusions et nos peurs.

Les marchés financiers, c’est nous avec ce refus de la réalité, ce goût des messages séduisants, cette crainte de l’action quand elle est possible à moindres frais, en attendant la crise. Quand elle devient obligatoire, et donc héroïque, et aussi coûteuse, économiquement et socialement.

Haro sur la rigueur que nous imposent, désormais, les marchés financiers ? Est-ce que nous préférerions ne pas voir payées les dettes publiques sur lesquelles reposent les engagements qui «fabriquent» la confiance sans laquelle aucune économie de marché ne tient ? Si la parole publique ne vaut, que deviennent nos engagements privés à payer nos dettes ? Si «le plus sûr» ne devient plus sûr du tout, que devient ce qui est «moins sûr» ? Pour avancer, il faudra donc que les Etats revoient leur fonctionnement, et donc dépensent moins, tout en faisant plus d’efforts pour soutenir les entreprises et la croissance. Il faudra que les Etats soient plus exigeants avec eux-mêmes, plus transparents, plus justes. Puis, quand apparaîtront les premiers résultats positifs, les marchés financiers deviendront leurs alliés, volant au secours de la victoire.

Les marchés financiers : c’est nous, avec ce courage qui naît et croît avec le succès des autres.

Donc il faut commencer par faire les premiers pas dans les ajustements sérieux, sachant bien comment nous sommes, et comment sont les marchés financiers : comme nous, en pire.

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