Les marchés financiers accordent un répit à la Belgique

le 09/06/2011 L'AGEFI Hebdo

La crise politique et l’absence de gouvernement de plein exercice compromettent la réduction du déficit public à moyen terme.

Pas de panique. » Yves Leterme, Premier ministre de la Belgique, en charge des affaires courantes depuis juin 2010, a relativisé la décision de Fitch de réviser la perspective de la note AA+ du pays de stable à négative (soit une chance sur deux de dégradation d’ici à deux ans). Pour lui, l’agence de notation ne fait que confirmer la nécessité que la Belgique ait un gouvernement de plein exercice. « Nous sommes inquiets de la capacité du gouvernement à accélérer la consolidation budgétaire à moyen terme sans accord politique sur les réformes institutionnelles », souligne Douglas Renwick, analyste de Fitch. En décembre, Standard & Poor’s avait également mis la note belge sous perspective négative avec des arguments similaires.

Le budget 2011 voté

Les marchés, eux, n’ont pas sanctionné la Belgique. Les taux des obligations linéaires (OLO) à 10 ans n’ont presque pas augmenté après la décision de Fitch, et évoluent à près de 4 %, contre 4,38 % le 9 mars. « En décembre, le ‘spread’ avec l’Allemagne est monté jusqu’à un record de 135 points de base. Depuis, il est redescendu autour de 100 points de base, observe Anne Leclercq, directeur front-office et capital markets de l’Agence de la dette de la Belgique. Les investisseurs s’aperçoivent que les fondamentaux du pays sont bons. » L’Agence est bien avancée sur son programme d’émissions : elle a levé 22,126 milliards d’euros d’OLO depuis le début de l’année, soit 65 % des 34 milliards d’euros prévus en 2011. « La demande est restée soutenue, avec un éventail d’investisseurs toujours aussi diversifié, assure Pierre Blandin, responsable de l’origination dette et marchés de crédit (DCM) souverains, supranationales et agences chez Crédit Agricole CIB. Les investisseurs ont déjà ‘pricé’ le risque politique et se rendent compte que le pays n’est pas paralysé. »

Le gouvernement intérimaire a fait voter le 19 mai le budget 2011, qui prévoit une croissance de 2 %, après 2,1 % en 2010, et un déficit public de 3,6 % du PIB, contre 4,1 % l’an dernier. « Le déficit se réduit plus que prévu grâce à la croissance et au gel des dépenses administratives, explique Steven Vanneste, économiste de BNP Paribas Fortis. Jusqu’à l’adoption du nouveau budget, le gouvernement ne pouvait pas dépenser plus d’un douzième du budget de l’an dernier. Si nous avions un gouvernement de plein exercice, nous pourrions même réduire le déficit à 3 % dès cette année. » Le pays a déjà enregistré une croissance de 1 % au premier trimestre par rapport au trimestre précédent. « La consommation et l’investissement devraient prendre le relais des exportations et soutenir l’activité, ajoute Steven Vanneste, qui prévoit une croissance de 2,5 % cette année. Le taux de chômage devrait continuer à diminuer et s’établir en moyenne à 7,5 % en 2011 et à 7,1 % en 2012. Cette année, l’économie devrait créer un record de 87.000 emplois. »

Dette stabilisée

Résultat, le taux d’endettement est en train de se stabiliser (à 341 milliards d’euros fin 2010 au sens de Maastricht, soit 96,8 % du PIB). « Le problème est que le niveau élevé de la dette laisse peu de marge de manœuvre budgétaire au gouvernement pour faire face aux chocs futurs », nuance Douglas Renwick. De plus, la Belgique reste sensible à l’évolution des conditions de marché, ses besoins de financement bruts s’élevant à près de 20 % du PIB en 2011, un niveau plus élevé que la moyenne de la zone euro, selon Fitch. Enfin, la part de la dette détenue par des étrangers (53 % des OLO fin 2010, selon l’Agence de la dette) rend le pays vulnérable à une crise de confiance.

« Pour l’instant, les marchés sont conscients que la Belgique n’est pas dans la même situation que les pays périphériques, affirme Pierre Blandin. Mais le pays reste sensible à l’environnement général de la zone euro. Pour preuve, le CDS (‘credit default swaps’, NDLR) de la Belgique évolue exactement dans le même sens que celui de l’Italie. » L’avertissement des agences de notation vaut plutôt pour le moyen terme. Le gouvernement prévoit désormais un retour à l’équilibre en 2014 et un excédent budgétaire en 2015. « Cela sera très difficile sans un accord politique sur la répartition des compétences et des recettes des différents niveaux de gouvernement », prévient Douglas Renwick. Or les partis politiques sont toujours aussi divisés sur les réformes institutionnelles. « Les politiques jouent avec le feu, estime Steven Vanneste. Peut-être ont-ils besoin d’une pression extérieure pour parvenir à un accord. » 

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