Les marchés émergents reçoivent une correction

le 04/07/2013 L'AGEFI Hebdo

La bulle de la dette est en train de se dégonfler. Les actions sont ballottées par une forte vague de volatilité.

Dégâts dus à la contestation dans une rue de Rio de Janeiro. Le marché actions s’en est trouvé, parmi d’autres paramètres, affecté. Photo : Dado Galdieri/Bloomberg

Retour à la raison. La boulimie des investisseurs vis-à-vis de la dette émergente a contribué à gonfler une bulle sur ce marché, dont beaucoup d’émetteurs étaient déjà surévalués dès 2010, selon l’équipe de gestion de Schroders. Alimentée par la baisse des taux d'intérêt dans les pays développés, la complaisance des investisseurs - capables d’acquérir de la dette des Philippines à 10 ans sous les 3 % en mai dernier - s’est subitement calmée. L’élément déclencheur de ce coup d’arrêt est le changement de ton adopté par deux banques centrales, la PBoC (Banque Populaire de Chine) et la Réserve fédérale, annonciateur d’un terrain nettement moins favorable au maintien de taux d’intérêt au plus bas.

La Fed a dévoilé les grandes lignes de sa stratégie de sortie de l’assouplissement quantitatif (QE, quantitative easing) le 29 mai dernier. Elle prévoit de réduire le montant de ses achats obligataires avant la fin de 2013 et de les cesser mi-2014. La PBoC, quant à elle, a fait savoir qu’elle n’injecterait plus de liquidités sans compter dans le système bancaire chinois (lire l'entretien). Un nouveau paradigme dont les investisseurs vont devoir tenir compte. « Au cours de ces dernières années, la Chine a considérablement augmenté sa contribution au système monétaire mondial. Nous estimons que la masse monétaire M2 chinoise représente 25 % de l’offre de monnaie dans le monde », rappelle Nuno Teixeira, directeur général de Schroders France.

Depuis que les investisseurs ont compris que l’heure était au réglage de deux des grands robinets de liquidités irriguant le système financier, les marchés obligataires corrigent. Ceux qui étaient prêts à se positionner sur n’importe quel actif, pourvu qu’il profite d’un rendement supérieur aux taux sans risque à des niveaux très faibles, se désinvestissent des obligations émergentes. « Les primes de risque s’étaient considérablement écrasées et déconnectées des fondamentaux », commente Nuno Teixeira, estimant que seuls deux tiers de la correction ont été réalisés. En général, trois étapes caractérisent la formation des bulles et leur dégonflement : « l’aveuglement, puis soudain, la reconnaissance d’une survalorisation technique, et enfin, l’acceptation de la réalité économique, expose le directeur général de Schroders France. Or aujourd’hui, nous n’avons pas encore atteint la phase de capitulation, souvent marquée par des excès à la baisse ».

Effet boule de neige

Comme de coutume dans un tel contexte, les pays émergents qui souffrent le plus de ces sorties brutales de capitaux sont ceux qui peinent à financer leur balance courante, à l’image de l’Inde ou de la Turquie. La désaffection des investisseurs étrangers pour la dette s’accompagne de fortes ventes de devises émergentes. La banque centrale turque a été contrainte d’intervenir, pour freiner la chute de la livre. Sans compter le climat de contestation politique, qui perturbe aussi le Brésil. Autant de troubles généralisés qui pèsent de surcroît sur les marchés d’actions, soumis à une vague de forte volatilité. A terme, leur repli ne devrait pas être aussi rude que celui des marchés de dette. « Cela fait près de trois ans que les marchés actions émergents n’ont pas beaucoup surperformé, note Nuno Teixeira. Contrairement au marché obligataire, il n’y a pas de bulle. » Autre argument en leur faveur, la part de ces marchés détenue par les investisseurs occidentaux n’a guère évolué (voir le graphique) depuis dix ans. Des sorties massives de leur part semblent peu probables.

Echappant aux turbulences observées sur la plupart des marchés actions émergents, les indices de référence des pays du Golfe, quant à eux, résistent ; en particulier le Dubai Financial Market General Index (qui s’adjuge près de 43 % depuis le début de l’année au 28 juin 2013) et le Qatar Exchange Index (en hausse de près de 17,5 % depuis le 1er janvier au 28 juin). Les perspectives de bénéfices des entreprises qui y sont cotées ne sont pas le seul soutien. Un autre moteur récent, plus technique certes, est l’annonce de MSCI (Morgan Stanley Capital International) de la reclassification des marchés des Emirats Arabes Unis (EAU) et du Qatar à leur avantage. Jusqu’à présent classés dans les « Marchés frontières », les indices MSCI Qatar et MSCI UAE seront référencés dans la catégorie « Marchés émergents » à partir de mai 2014. « Depuis que ce changement de statut a été dévoilé, nous observons un accroissement des flux d’investissement sur ces marchés. Cependant, lorsque l’effet d’annonce sera passé, je pense que les fondamentaux guideront à nouveau la tendance », relativise Peter Duke, directeur du bureau de Fidelity Worldwide Investment à Dubaï.

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