Les marchés boursiers supportent mal les périodes d’inflation

le 05/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Les actions vivent bien dans un contexte de hausses de prix compris entre 0 et 6 %. Au-delà, elles sont en souffrance.

Les obligations ont la réputation de ne pas apprécier l’inflation ; la « vraie » inflation, entendue comme de véritables hausses auto-entretenues de 5 % et plus par an de tous les prix, englobant les biens et services aussi bien que les revenus. Qu’en est-il alors des actions censées être les bénéficiaires des flux en provenance des marchés obligataires quand ceux-ci sont en mauvaise santé ? L’inflation est-elle indolore et sans saveur pour les actions ou au contraire son impact sur les valorisations peut-il s’avérer important ?

« La leçon à retenir des séries historiques est que les actions n’aiment pas du tout l’inflation quand elle est forte et qu’elles la détestent carrément quand elle devient galopante et glisse en hyper-inflation », explique Pierre Sabatier, stratégiste chez PrimeView. Un long regard en arrière, jusqu’en 1870, sur l’indice Standard & Poor’s 500 et les PER de Shiller (price earnings ratio, prix des actions sur bénéfices structurels, voir le graphique) « montre que les actions souffrent moins en définitive dans des périodes déflationnistes avec un PER moyen de 13,8 qu’au cours des périodes d’inflation supérieure à 6 % dont le PER moyen ressort à

12 et même en dessous de 10 en cas de hausse générale des prix supérieure à 9 % », ajoute Pierre Sabatier.

Un coup d’œil sur une distance plus courte, comme la génération de 1980 à 2000, montre a contrario que la situation la plus favorable pour les actions est celle d’une « longue tendance désinflationniste caractéristique de cette période », relève Charles Dautresme, stratégiste chez Axa Investments Managers. De l’examen de l’inflation aux Etats-Unis rapportée aux PER à la fin du siècle dernier, Charles Dautresme en conclut que « la poussée de l’inflation autour de 4-5 % est clairement néfaste et entraîne un net déclassement des actions tandis qu’une inflation comprise entre 2 % et 4 % l’an est le meilleur contexte pour les valorisations ».

Risque chez les émergents

Les tendances longues de désinflation ne profitent pas seulement aux actions. L’ensemble des actifs financiers en tirent bénéfice. C’est au cours de ce type de période que les titres obligataires connaissent eux aussi leurs meilleurs jours.

Aujourd’hui, le risque inflationniste est surtout réel dans les pays émergents et concerne donc concrètement les marchés boursiers de ces pays. Les indices de prix progressent de plus de 5 % l’an au Brésil, en Chine ou en Inde. « Dans nombre de pays émergents, l’amorce d’une hyper-inflation est dans les tuyaux et la tendance est appelée à se poursuivre avec de véritables effets de second tour par les salaires, estime Pierre Sabatier. Les politiques monétaires sont trop laxistes et inadaptées aux régimes de croissance. La situation de ces pays a d’ailleurs un air de ressemblance avec ce que les pays développés ont connu en termes d’inflation dans les années 70 et 80. » Pour le stratégiste de PrimeView, « il faut s’attendre dans les économies émergentes à un impact négatif pour les places boursières. Ce n’est pas bon non plus pour les secteurs cycliques, les plus sensibles à la croissance mondiale ».

Effets de seuil

Charles Dautresme signale que dans les exemples sectoriels suivis aux Etats-Unis, c’est « le secteur pétrolier et gazier qui réalise la meilleure performance avant que l’inflation n’atteigne le seuil de 4 % ». Le fait est confirmé en ce moment. Mais attention, signale le stratégiste d’Axa IM, une fois ce seuil d’inflation franchi, ce secteur n’est plus du tout assuré de rester parmi les plus performants du marché. Il faut alors se tourner vers le secteur des télécoms qui « a pour habitude de figurer dans le duo de tête des meilleurs secteurs en période inflationniste », ajoute le stratégiste.

Reste que l’explication du bon comportement des marchés financiers par la désinflation a ses limites. La queue de la vague désinflationniste - les années 2000 -, caractérisée par un grand mouvement de désinflation importée à travers les produits à bas coûts de production made in China et donc des taux d’inflation idéaux au regard des standards historiques, a finalement débouché sur la pire décennie pour les marchés actions. Dix années marquées par deux krachs boursiers, le premier causé par l’éclatement de la bulle des nouvelles technologies au tournant des années 2000 et le second, partie prenante de la crise financière qui s’est répandue à partir de 2007.

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