Le marché du pétrole secoué par les tensions politiques sur l’Iran

le 08/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Les prix élevés de l’or noir pourraient amputer la croissance des pays consommateurs. Une correction est attendue à moyen terme.

Les cours du pétrole ont dépassé leur pic d’avril 2011, principalement poussés par les sanctions occidentales contre l’Iran et le spectre d’une fermeture du détroit d’Ormuz. Le Brent a clôturé à 123,8 dollars le baril le 5 mars (+10,4 % depuis début janvier), et a même atteint un record de 94,8 euros le 1er

mars. Certains analystes prévoient un choc à 150 dollars, voire au-delà, si la situation au Moyen-Orient s’aggrave. Le G20, le Fonds monétaire international et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) ont mis en garde contre le risque que font peser les cours élevés du pétrole sur l’économie. « En règle générale, une augmentation de 10 dollars le baril ampute la croissance des pays consommateurs de 0,1 à 0,5 point de pourcentage », rappellent les économistes de Bank of America Merrill Lynch. Toutefois, l’impact devrait être moindre qu’en 2011 car la hausse a été plus graduelle cette année.

L’Union européenne (UE) a décidé en janvier d’imposer un embargo sur le pétrole iranien (qui entre pleinement en vigueur le 1erjuillet) et doit donc trouver d’autres sources d’approvisionnement. L’UE a acheté environ 600.000 des 2,6 millions de barils/jour (mb/j) exportés par l’Iran l’an dernier, selon l’AIE. Les Etats-Unis ont aussi adopté des sanctions contre Téhéran et pressent les pays asiatiques de réduire leurs achats de brut iranien. En représailles, l’Iran a menacé de bloquer le détroit d’Ormuz, où passe 35 % du pétrole transporté par bateau dans le monde. D’autres zones de production connaissent également des perturbations, comme la mer du Nord, le Nigeria, le Soudan du Sud, la Syrie et le Yémen. « Il n’y a pas eu de menace de cette ampleur sur l’offre de pétrole depuis la fin des années 70 et le début des années 80 », remarquent les analystes de Deutsche Bank.

Certes, la demande mondiale de pétrole en 2012 a encore été revue à la baisse par l’AIE (à 89,9 mb/j, contre 89,1 en 2011), en ligne avec les nouvelles prévisions de croissance du Fonds monétaire international (3,3 %, contre 4 % précédemment anticipé). Néanmoins, la demande asiatique pourrait se révéler plus dynamique que prévu, surtout si la Chine accélère la constitution de ses stocks stratégiques, et si le Japon continue de substituer à son énergie nucléaire des approvisionnements pétroliers.

Positions acheteuses

Aux Etats-Unis, le marché est moins tendu. Le WTI n’a pris que 3,7 % depuis début janvier. « Le contango s’est accentué parce que la production a été abondante aux Etats-Unis et au Canada, observe Aakash Doshi, analyste de Citi. Par exemple, le champ Bakken dans le Dakota du Nord a produit 560.000 barils/jour depuis le début de l’année, soit une hausse de 50 % en glissement annuel. Il y a toujours un engorgement à Cushing, lieu de livraison du WTI. L’inversion de l’oléoduc Seaway, de Cushing vers la côte du golfe du Mexique d’ici au 1er juin, devrait réduire la congestion, mais probablement pas suffisamment. Les oléoducs vers Cushing ont une capacité de 1,9 mb/j, alors que ceux qui en partent ont une capacité de 1,1 mb/j. »

Pour remplacer la production de l’Iran, les Occidentaux comptent sur les autres pays de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), en particulier l’Arabie Saoudite, qui détient l’essentiel des capacités disponibles effectives du cartel (2,03 mb/j sur 2,76 en janvier, selon l’AIE) et qui produit déjà à son plus haut niveau depuis trente ans. L’Opep a extrait 31,23 mb/j en février, contre 30,95 en janvier, selon une enquête de Reuters. « Le problème est que les capacités disponibles se réduisent, ce qui laisse peu de marge de manœuvre en cas de perturbations supplémentaires », estime Aakash Doshi. De plus, le brut saoudien est de moins bonne qualité que celui du Soudan du Sud et du Nigeria.

Ces dernières semaines, les spéculateurs ont accru leur position acheteuse nette, à 272.032 contrats (futures et options) sur le WTI sur le Nymex le 28 février, au plus haut depuis mai 2011, et à 126.802 contrats sur le Brent sur ICE, proche du record de janvier 2011. Les money managers pourraient pousser les cours à la baisse s’ils décident de prendre leurs profits, mais selon Aakash Doshi, ils devraient garder une position acheteuse à court terme.

A moyen terme, la probabilité d’une baisse des prix est élevée si la situation autour de l’Iran s’apaise, selon plusieurs analystes. Actuellement, le marché est en surplus puisque l’Opep produit davantage que le niveau nécessaire pour satisfaire la demande, soit 29,8 mb/j au premier trimestre selon l’AIE. « Il pourrait y avoir une légère correction, admet Benjamin Louvet, gérant chez Prim’ Finance. Mais les tensions autour de l’Iran et les incertitudes sur la production de nombreux pays devraient continuer à soutenir les cours. »

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