Le marché du pétrole entre dans une zone de tensions

le 13/01/2011 L'AGEFI Hebdo

L’or noir est porté par des facteurs temporaires et spéculatifs, mais aussi par la solide demande des pays émergents.

Le baril de pétrole va-t-il bientôt franchir les 100 dollars comme le suggèrent certains analystes ? Après une hausse marquée au dernier trimestre 2010, due à une demande dynamique des pays émergents et aux indicateurs meilleurs qu’attendu aux Etats-Unis, le prix du baril s’est installé autour de 90 dollars. Le future de brut léger WTI (West Texas Intermediate) livrable en février s’échangeait à 88,03 dollars le baril sur le New York Mercantile Exchange (Nymex) le 7 janvier, après avoir touché 91,55 dollars le 3 janvier. Le Brent de la mer du Nord, lui, se maintenait à 93,33 dollars le baril sur l’IntercontinentalExchange à Londres, après avoir dépassé 95 dollars le 5 janvier. Les deux contrats de référence du marché ont respectivement gagné 33,5 % et 34,2 % depuis leurs points bas fin mai. Autre indicateur, le prix du panier référence de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) s’élevait à 90,81 dollars le 7 janvier, contre 80,19 dollars un an plus tôt.

De tels niveaux sont-ils soutenables ? « Nous anticipons une légère correction à court terme, répond Michael Wittner, responsable de la recherche pétrole à Société Générale. La hausse récente est due à des facteurs temporaires comme la rigueur de l’hiver aux Etats-Unis et en Europe et la demande très forte de la Chine. Le gouvernement chinois a voulu atteindre son objectif de réduction de consommation d’énergie pour 2010 et a fermé plusieurs centrales électriques. De nombreuses entreprises ont donc dû installer leurs propres générateurs et importer de l’essence. » Au cours des prochaines semaines, les spéculateurs pourraient aussi, s’ils prennent leurs profits, pousser les cours à la baisse comme ils l’ont fait en mai dernier. Leurs positions longues ont atteint 217.000 contrats sur le brut léger WTI négocié sur le Nymex le 28 décembre, selon la Commodity Futures Trading Commission, un plus-haut depuis plus de quatre ans, avant de refluer à 187.400 contrats le 4 janvier.

Des stocks élevés

« A plus long terme, les fondamentaux sont modérément haussiers, notamment en raison de la forte demande des pays émergents », ajoute Michael Wittner, qui voit le Brent à 90 dollars le baril en moyenne au premier trimestre, à 92,5 dollars au deuxième trimestre et à 95 dollars au troisième. La Chine pourrait consommer 9,7 millions de barils par jour (mb/j) cette année, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE, une organisation qui défend les intérêts des pays consommateurs), soit 4,8 % de plus que l’an dernier, compensant largement la baisse de la consommation en Europe (-0,7 %). Au total, la demande mondiale devrait continuer à croître, à un rythme certes plus modéré qu’en 2010 (+1,5 %), pour atteindre 88,77 mb/j.

« Pour l’instant, le marché n’est certainement pas tendu, tempère Eugen Weinberg, responsable de la recherche sur les matières premières à Commerzbank, qui prévoit une correction à 82-85 dollars le baril au premier semestre. La demande est certes très solide, mais l’offre est à un niveau correct avec assez de capacités disponibles. » L’une des clés du marché est bien sûr entre les mains des pays de l’Opep (34 % de la production mondiale en novembre), dont le prochain sommet n’est prévu qu’en juin. Selon l’AIE, les pays non membres de l’Opep pourraient porter leur production à 53,4 mb/j en 2011 (+1,2 %). Pour équilibrer le marché, l’Opep, dont les capacités disponibles s’élevaient à 5,6 mb/j en novembre, doit donc produire 29,52 mb/j (+0,5 %). « Les pays de l’Opep produisent actuellement moins que le niveau requis pour répondre à la demande mondiale en 2011, explique Julius Walker, analyste senior à l’AIE. Ils n’ont pas changé leur politique lors de leur dernier sommet le 11 décembre. S’ils n’augmentent pas leur production, le marché se resserrera et les stocks se réduiront. » L’OCDE disposait de 60,1 jours de stocks en octobre, un niveau très élevé.

« Les prix du pétrole sont en train d’entrer dans une zone dangereuse pour l’économie mondiale », considère néanmoins Fatih Birol, chef économiste de l’AIE. La facture des importations de pétrole pour les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques a progressé de 200 milliards de dollars à 790 milliards en 2010, selon l’Agence, soit une perte de revenu de 0,5 % de PIB. L’AIE, l’Opep et le Forum international de l’énergie, qui regroupe d’autres acteurs comme le Brésil, la Chine, le Mexique et la Russie, doivent se réunir à Riyad le 24 janvier. Les trois organisations, dont le dialogue est encouragé par le G20, doivent publier un communiqué commun sur les perspectives du marché.

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