Dossier Bilan 2013 OPCVM

Le marché français à la traîne

le 30/01/2014 L'AGEFI Hebdo

La gestion collective française contraste avec celle de ses voisins européens, selon EuroPerformance-a Six Company.

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Les chiffres laissent peu de place à l’optimisme. Les actifs sous gestion des fonds ouverts, gérés sous le label « droit français », sont repartis à la baisse en 2013, à 755,6 milliards d’euros, soit un repli de 2,2 %. Les OPCVM français gèrent 20 % de moins qu’à leur pic de 2006. C’est ce que relève EuroPerformance-a Six Company dans son bilan 2013 publié en exclusivité par L’Agefi Hebdo. Si les fonds de trésorerie ont pâti de rachats massifs (lire page 28), les produits plus risqués (actions) ont de même été délaissés, en dépit de performances boursières positives depuis deux ans. La grande rotation tant prophétisée n’aura pas eu lieu (lire page 29). Le plus inquiétant reste une décollecte ininterrompue depuis quatre ans : 56,8 milliards d’euros pour la seule année 2013. En comparaison, sur les onze premiers mois de 2013, le marché européen enregistrait, lui, des souscriptions de l’ordre de 200 milliards d’euros…

Les points saillants de l’année écoulée se résument en une fonte des actifs gérés de la tête de pont de l’industrie tricolore: la gestion monétaire pèse désormais 279,1 milliards soit 40 % des encours de la gestion d’actifs contre un plus haut historique de 51 % atteint en 2009. L’encours des fonds obligataires se renforce pour sa part à 11 %, contre 10 % du marché en 2012, à la faveur, entre autres, de flux nouveaux guidés par des investisseurs déçus par les OPCVM de trésorerie et en quête de rendements un peu plus vigoureux. Quant à l’encours des fonds actions, il représente 25 % du marché, soit un niveau sensiblement comparable à celui de l’année précédente. Fin 2013, l’actif sous gestion de ces produits était de 204,8 milliards d’euros soit une variation de quelque 25,9 milliards supplémentaires. Mais derrière ce chiffre se cache une toute autre réalité. Cette classe d’actifs doit son salut à la valorisation de la majorité des bourses mondiales: l’effet de marché alimente largement cette classe d’actif (+ 32,6 milliards) tandis que ces OPCVM décollectaient de 3,3 milliards d’euros. Cette évolution est d’autant plus inquiétante pour l’industrie de la gestion en France que 2013 aura connu une confirmation du rebond, initié fin 2012, des marchés actions et une poursuite de la bonne performance des obligations crédit et à haut rendement. De fait, si Wall Street a volé de record en record (l’indice S&P 500 a gagné 30 % sur l’année 2013), les principales bourses européennes n’ont pas démérité (progression de 18 % de l’Euro Stoxx 50, de 25,5 % pour le Dax et de 18 % pour le Cac 40).

C’est un fait, l’industrie française accuse un retard par rapport à ses voisins européens. Selon EuroPerformance – a SIX Company, seul le marché français est resté à l’écart de la dynamique retrouvée sur les marchés actions. En effet, Selon l’EFAMA (European Funds and Asset Management Association), les classes d’actifs de long terme ont continué à être plébiscitées par les investisseurs avec pas moins de 270 milliards d’euros alloués l’an dernier vers les fonds actions. Les marchés luxembourgeois et irlandais ont ainsi affiché en 2013 une attractivité constante, de même que les marchés britannique, suisse, allemand et d’Europe du Nord. Au 3ème trimestre, selon l’EFAMA, les marchés luxembourgeois et irlandais se sont adjugé la majeure partie des flux acheteurs en Europe, avec des collectes respectives de 117 milliards et de 49 milliards d’euros. Quant au marché des fonds britanniques, il a collecté aux environs de 13 milliards d’euros sur ses produits actions, tandis que les marchés espagnol et italien ont retrouvé une vitalité après une longue atonie, pour engranger respectivement près de 15 milliards d’euros de collectes nettes et aux environs de 11 milliards d’euros de flux nets acheteurs. En comparaison, la France pâtit d’une industrie de la gestion monétaire encore trop forte, de la frilosité de ses investisseurs et d’une culture «actions» peu développée au regard des pays voisins organisés autour de nombreux fonds de pension.

Les produits structurés en berne

Autre domaine d’excellence de la gestion française malmené, les produits structurés. Depuis leur pic de 2007, ils ont vu leur encours baisser de moitié à 49 milliards d’euros. En 2013, le repli est de 6,4 milliards, dont 4,9 milliards de rachats. Outre les sorties anticipées et l’arrivée à échéance de certains fonds, le renouvellement de l’offre de fonds à capital garanti, qui représentent le plus gros du marché (plus des trois-quarts), inquiète. A peine une quinzaine de nouveaux fonds ont été lancés en 2013. Si, ce segment de produits s’était asséché ces dernières années avec des créations moyennes de fonds tombées de 100 en 2007, à 60 en 2011 et 40 en 2012, on assiste aujourd’hui à un arrêt brutal de ce marché. «Mise à mal depuis quelques années par le niveau bas des taux d’intérêt et la raréfaction de signatures obligataires de qualité, la gestion de produits structurés enregistre en 2013 un véritable coup d’arrêt sur les fonds garantis», relève Alexandre Cassan, analyste chez EuroPerformance- a Six Company. De fait, la structuration de ce type de fonds devient plus complexe dans cet environnement. Plus les taux sont bas, plus la part consacrée au moteur de performance est réduite et donc l’espérance de gain limitée. L’équation commerciale pour les spécialistes de cette expertise devient quasiment insoluble. D’où le déclin de ce segment pourtant considéré comme l’un des plus porteurs pour l’industrie de la gestion en France.

Ce contexte morose n’empêche nullement l’industrie française continue de proposer des produits et des solutions innovantes. La vague des fonds à échéance ces dernières années a dopé la collecte sur la classe d’actifs obligataires. De même, les gestions flexibles et patrimoniales ont soutenu la collecte d’un certain nombre d’acteurs.

D’ailleurs, Alexandre Cassan relève que la France «dispose d’un dynamisme entrepreneurial élevé qui contribue activement à une diversification de l’offre de gestion. Au cours de ces trois dernières années, 58 % des fonds créés ont adopté un style de gestion non «traditionnelle»». Les nouvelles sociétés de gestion participent activement à cette diversification. Des sociétés comme EPERAM, LFPI Management, Montmartre Asset Management, PIXAM Investment Solutions créées en 2012, renforcent l’offre de gestion alternative au format UCITS. Quadrature Investment Managers et Riskelia proposent pour leur part des gestions pilotées par le risque. Quant à Aureo Alpha et Oaks Field Partners, ellesons participent à l’offre de gestion quantitative.

Néanmoins, la dynamique de création s’essouffle et la proportion de nouveaux fonds proposant des solutions d’investissement innovantes comme celles incluant un budget de risque ou des objectifs de performance absolue restent minoritaires. En 2013, près de la moitié des fonds créés l’était dans des gestions traditionnelles. Enfin, les fonds français souffrent de leur taille le plus souvent réduite, ce qui limite l’accès aux grands investisseurs internationaux contraints par leur emprise dans chaque fonds.

Le marché des fonds de droit français enregistre une diminution nette du nombre d’OPCVM ouverts. Comme l’an dernier, environ 500 produits ont été fermés, notamment par les filiales de groupes bancaires qui concentrent 40 % des fonds de droit français clos en 2013. En moyenne, au cours de ces trois dernières années, pour un fonds créé, deux étaient fermés. A mesure que l’offre se renouvelle, les pratiques tarifaires évoluent. Parmi les fonds créés depuis 2011, 45 % affichent une commission de performance (signe de la bonne tenue des marchés sous-jacents), une pratique essentiellement répandue dans la gestion alternative, où 75 % des fonds créés y ont recours. C’est également le cas de près de 60 % des fonds de gestion flexible et des fonds de gestion quantitative. Ces frais sont venus inscrire à la hausse les frais de gestion prélevés, après deux années de baisse. Pour autant, les frais courants et de fonctionnement ont été, en 2013, revus à la baisse. Par exemple, la catégorie Actions France (hors gestion indicielle) qui a affiché un TFE (total des frais sur encours) de 2,04 % a vu ses frais courants baisser de 21 pb, les commissions de performances permettant de compenser cette baisse.

Toutefois, ce bilan annuel ne couvre qu’une partie du marché français de la gestion d’actifs. Il n’est que le reflet de l’évolution des fonds de droit français. Il ne faudrait pas en tirer des conclusions hatives sur la dynamique du marché français. D’une part parce qu’une partie de l’épargne est investie dans des fonds autres que de droit français commercialisés par des sociétés de gestion étrangères comme JP Morgan ou Franklin Templeton, bien sûr, mais aussi par des gérants français qui ont constitué de véritables têtes de pont au Luxembourg pour la commercialisation de leurs fonds en-dehors du marché français. Enfin, ces chiffres n’intègrent pas non plus le gros du marché réalisé par des mandats de gestion ou des fonds dédiés qui représentaient, soit selon l’AFG, pas moins de 1.500 milliards d’euros en gestion sous mandat et fonds de droit étranger.

Les perdants, les gagnants de 2013

Dans ce paysage de la gestion d’actifs française peu flatteur, certaines sociétés de gestion tirent leur épingle du jeu. «Au terme d’une année marquée par les rachats de fonds de trésorerie et l’allègement des investisseurs sur la dette privée au profit d’un retour, certes modéré, sur la classe actions, davantage de disparités de collecte émergent en 2013, souligne Alexandre Cassan. Et davantage de gestionnaires enregistrent une collecte annuelle positive». C’est le cas notamment des sociétés indépendantes avec une expertise de gestion en actions. «La plupart de ces structures enregistrent cette année des flux entrants leur permettant de renouer avec les collectes positives des années 2009-2010», poursuit l’analyste d’Europerformance – a Six Company. Elles ont collecté 2,4 milliards d’euros l’an dernier. Ainsi, Metropole Gestion s’illustre avec 931 millions de souscriptions. Les spécialistes de la gestion quantitative comme Tobam ou des obligations convertibles comme Union Bancaire Gestion Institutionnelle ont également bénéficié d’un flux d’investissement. Mais cette année encore, la plus importante collecte revient à CPR AM (2,9 milliards) grâce à sa présence sur les actions, les obligations et les gestions diversifiées. En revanche, les filiales de réseau bancaires (45 milliards de décollecte), comme BNP Paribas AM (-19,5 milliards) ou Natixis AM (-12,7 milliards), pâtissent de leur forte présence dans le monétaire.

L’ISR progresse encore grâce aux conversions

Parmi les styles de gestions, l’ISR (investissement socialement responsable) continue de résister avec une nouvelle croissance de l’encours de 4,2 %. «L’ISR représente désormais une part de 8,7% du marché des fonds (contre 8,1% l’an passé), avec 65,6 milliards d’euros sous gestion», indique Alexandre Cassan. Toutefois, cette dynamique reste soutenue par les conversions de fonds traditionnels en gestion socialement responsable. En 2013, ce sont près de 6,5 milliards d’euros d’encours qui ont été transférés. Par ailleurs, à l’instar de l’ensemble de la gestion française, les fonds monétaires estampillés ISR n’échappent pas aux rachats.

Cette évolution des encours du monétaire entraîne un rééquilibrage de la part de ces fonds au profit des fonds actions et obligations gérés sous ce prisme. Les OPCVM monétaires ISR pèsent toutefois encore 62% (contre 70% fin 2012) et les fonds actions et obligations à 26% (contre 20%). Ces derniers ont bénéficié d’une hausse de 4,7 milliards de leurs encours à 17,3 milliards sous l’effet combiné d’une collecte positive, de l’appréciation du marché et des conversions. De son côté la thématique obligation reste stable avec une part de marché de 8% respectivement.

Près d’une soixantaine de sociétés de gestion propose aujourd’hui une offre ISR. «Disposant des moyens nécessaires pour mener une recherche extra-financière mais également très active sur ce segment au cours de ces dernières années, les filiales de gestion des grands réseaux bancaires et des sociétés d’assurance détiennent un peu moins de 90% des encours ISR de gestion collective », peut-on lire dans l’étude d’Europerformance - a SIX Company. Parmi les grands gagnants en 2013 dans cette catégorie Allianz GI avec une collecte de 931 millions portant à 3,87 milliards son encours. CPR AM est également bien placé avec des souscriptions de 494 millions. Amundi reste le principal acteur en France sur ce segment avec 30,8 milliards d’euros sous gestion mais en fort retrait par rapport à 2012 en raison d’une décollecte de 4,2 milliards (principalement sur ses fonds monétaires). Numéro 2 du secteur, BNP Paribas AM accuse 1,4 milliard de rachats, à 6,9 milliards d’euros.

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