L'avis de... Gautier Le Molgat, consultant d’Agritel

« Le marché européen du blé est plus compétitif que le marché américain »

le 30/08/2012 L'AGEFI Hebdo

La Russie pourrait-elle imposer un embargo à l’export de blé comme en 2010 ?

C’est une question que le marché se pose. Cependant, je ne pense pas que la Russie, qui vient tout juste de rentrer dans l’Organisation mondiale du commerce, mettra en place un embargo. Le gouvernement russe n’affiche pas de mesures de restriction. En outre, la situation diffère de celle de 2010. Les dernières hypothèses de l’United States Department of Agriculture (Usda) quant à de mauvaises récoltes dans le bassin de la mer Noire en raison de la sécheresse n’ont pas provoqué de surprise. Le département américain estime désormais, comme Agritel d’ailleurs, que la quantité de blé russe dédiée à l’export pour la campagne 2012 approchera les 8 millions de tonnes, soit deux fois plus qu’en 2010, dont 3 millions de tonnes ont déjà été exportées. Les acheteurs de blé savent donc d’emblée qu’ils devront s’approvisionner auprès d’autres fournisseurs. Bien sûr, la baisse des disponibilités de l’un des principaux pays exportateurs de blé pousse les prix à la hausse. Notons qu’il n’est pas exclu que l’Usda réduise à nouveau ses prévisions de récolte mondiale.

Les exportateurs de blé français profiteront-ils des faibles rendements en mer Noire ?

Oui, s’il reste des choses à vendre… Nombre de céréaliers français ont cédé une bonne partie de leur récolte au printemps. Une consolation pour les agriculteurs, les prix, même s’ils étaient moins élevés qu’aujourd’hui, étaient déjà rémunérateurs. En définitive, les revenus français provenant de l’exportation seront au moins aussi bons qu’en 2011. Quoi qu’il en soit, ces tensions aux Etats-Unis et dans le bassin de la mer Noire viennent conforter le positionnement du marché européen, plus sécurisé et dont l’approvisionnement est plus stable. Il est moins soumis aux risques climatiques ou politiques. Par ailleurs, le marché européen est plus compétitif que le marché américain.

Quelle est la part de spéculation dans la flambée actuelle des prix du blé et du maïs ?

Les spéculateurs ne sont pas pour grand-chose dans cette hausse. Avant juillet, les financiers envisageaient plutôt une baisse des cours des céréales : avant que la sécheresse ne sévisse, les récoltes leurs paraissaient prometteuses. Force est de constater qu’ils n’ont pas non plus accru leurs positions depuis l’accélération de la montée des prix. La flambée de cet été est surtout liée aux fondamentaux, à la réduction de l’offre causée par la sécheresse aux Etats-Unis et dans le bassin de la mer Noire. Comme les incidents climatiques sont de plus en plus nombreux, la volatilité des prix devient structurelle. Ce n’est pas une fatalité pour autant. A présent, il s’agit de donner aux professionnels de la filière les moyens de gérer la volatilité.

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