Rencontre avec... Thierry Million, directeur de la gestion de taux chez AllianzGI Investments Europe

« Le marché est en train d’exclure la France du noyau dur de la zone euro »

le 01/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Comment les marchés notent-ils la France ?

Il y a longtemps que les marchés estiment que la France ne conservera pas sa notation « AAA ». Les mesures annoncées pour réduire le déficit public sont jugées insuffisantes, d’autant plus que le budget prévu est basé sur des hypothèses de croissance de PIB de 1 % en 2012, trop optimistes. Depuis près d’un mois, l’écart de rendement entre les taux longs à 10 ans français et allemand ne cesse de franchir de nouveaux records. Le marché est en train d’exclure la France du noyau dur de la zone euro.

Quels titres souverains européens conservez-vous ?

Dans ce contexte de crise systémique où même les banques européennes cèdent leurs titres de dette souveraine, nous privilégions la prudence. La duration globale de nos portefeuilles obligataires est proche de la neutralité au regard de leur indice de référence. Par ailleurs, nous sous-pondérons les emprunts d’Etat des pays périphériques dont ceux de l’Italie et de l’Espagne, mais aussi ceux de la France. A l’opposé, nous surpondérons les titres de dette allemands, finlandais et, dans une moindre mesure, les obligations émises par les Pays-Bas. Nous restons neutres sur la Belgique, un pays aux fondamentaux solides mais toujours pénalisé par des incertitudes politiques. Nous restons extrêmement vigilants, prêts à réagir en cas d’éventuel retournement de tendance. Par exemple, une intervention brutale et massive de la Banque centrale européenne (BCE) provoquerait, sans aucun doute, un resserrement violent des spreads par rapport au Bund et, par ricochet, une remontée rapide des taux allemands.

A quelle condition la BCE pourrait-elle acquérir massivement de la dette souveraine ?

Si l’Allemagne donnait son assentiment ou si la liquidité des marchés de dettes française et allemande venait à disparaître totalement. Cette situation est envisageable, dans l’hypothèse où les banques, craignant d’être confrontées à des marchés illiquides et soucieuses d’embellir leur état financier avant la fin de l’année, accéléreraient leurs cessions de titres souverains.

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