L'avis de... Emmanuel Fages, directeur de l’analyse des marchés CO2, gaz, charbon et électricité chez SG CIB

« Sur le marché du CO2, on craint un changement des règles du jeu »

le 08/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Comment expliquez-vous le nouvel accès de faiblesse du marché des quotas de carbone cet été ?

La valeur des contrats à terme sur les quotas de CO2 (livraison décembre 2011) a effectivement chuté de 25 % fin juin sur ICE, la Bourse spécialisée à Londres. Les prix se sont repris partiellement, puis ont à nouveau baissé de 15 % entre fin juillet et début août, passant d'environ 13 à 11 euros. Ils ont repris de la hauteur depuis, rebondissant au-dessus de 13 euros. Au total, la baisse depuis juin est donc relativement limitée. Ce sont d'abord les craintes de récession, liées à la résurgence de la crise grecque, qui ont provoqué la chute. Dans cette perspective, les investisseurs anticipent que les entreprises structurellement déficitaires (les énergéticiens) auront moins besoin d’acheter des quotas sur le marché.

Les intervenants craignent-ils un moindre soutien politique à ce marché ?

Ce marché est entièrement créé par la régulation, et la volonté politique est donc essentielle. Or les acteurs craignent un changement des règles du jeu au-delà des frontières du marché, mais qui affecterait tout de même ce marché. La Commission européenne a ainsi proposé une directive en matière d’efficacité énergétique qui substituerait des objectifs contraignants à de simples recommandations aux entreprises. Cela laisse penser qu’elle ne mise plus uniquement sur le marché du carbone pour réduire les émissions des CO2.

Les volumes traités sur le marché du carbone ont-ils en conséquence reculé ?

A 3 milliards de tonnes traités au cours des six premiers mois de l’année, les volumes sont restés stables en 2011 sur ICE, malgré ce contexte. Le marché au comptant est plutôt en recul, mais cela est compensé par la légère hausse des volumes (+2 %) sur les futures.

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