Le manque de transparence freine les actions chinoises

le 11/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Les indices boursiers baissent. En cause, le difficile décryptage des comptes bancaires et l'attente du lancement des réformes du gouvernement.

Paradoxe. L’indice américain S&P 500 franchit des plus hauts historiques, l’indice Nikkei flambe (plus de 21,5 % entre le 1er janvier et 4 avril) tandis que les indices boursiers chinois se complaisent dans une tendance baissière depuis au moins deux ans (voir les graphiques). Après avoir tenté un petit rebond en début d’hiver, l’indice composite du Shanghai Stock Exchange retombe depuis février. Pourtant, les perspectives de croissance de PIB pour 2013 sont bien plus élevées dans l’Empire du Milieu - de 7,5 % selon les autorités chinoises - qu’aux Etats-Unis ou au Japon. Le dynamisme des marchés d’actions n’est donc pas, semble-t-il, fonction du degré de croissance de l'activité. Serait-il plutôt lié à l’anticipation des tendances macroéconomiques ? Pas seulement. C’est surtout une question d’interprétation, par la communauté des investisseurs, des données publiées par les pouvoirs publics et les entreprises. « Il faut lire les analyses des analyses… », précise même Karine Hirn, fondatrice associée d’East Capital et responsable du bureau de Shanghai.

L'exercice de décryptage est d'autant plus complexe en Chine que les économistes, les analystes puis les acteurs de marchés s'interrogent sur l'exactitude des statistiques. « Les chiffres liés à l'évolution de l'activité économique sont plus fiables qu'auparavant car la collecte d'information ne passe plus par les régions, indique Karine Hirn. Elle est centralisée désormais. L'Etat a tout intérêt à recueillir des données correctes s'il veut mener à bien les réformes adéquates. » Pour autant, la responsable de l'équipe de gestion d'East Capital se fie plutôt à l'évolution des tendances qu’aux données elles-mêmes publiées.

L'accélération de l'activité est visible depuis l'automne et ce mouvement va en se renforçant. Selon l'indice marchés émergents de HSBC du mois de mars, les anticipations en matière de croissance chinoise sont de plus en plus fortes, tandis qu'elles se modèrent dans les autres BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Le sentiment des affaires chinois atteint même un plus haut depuis un an, tant dans l'industrie manufacturière que dans les services.

Excès en gestion de fortune

Dès lors, comment expliquer la piètre performance des indices boursiers chinois ? Plusieurs incertitudes pèsent. L'aversion pour le risque touche en particulier le secteur bancaire, suspecté par nombre d'investisseurs étrangers de ne pas donner une image exacte des risques pris. « S'il y avait plus de transparence, les banques se porteraient mieux en Bourse », reconnaît Karine Hirn. Selon elle, le risque qui pèse sur le secteur financier n'est ni la finance de l'ombre animée par les entreprises et les ménages (shadow banking), ni une éventuelle nécessité de reconstituer les capitaux des banques en cas de créances douteuses plus élevées que prévu. Le système bancaire est contrôlé par l'Etat et le matelas de réserves en devises est tel que les autorités chinoises n'auraient aucune peine à refinancer le système. « Le vrai risque est une éventuelle fuite des dépôts bancaires si les particuliers chinois venaient à s'inquiéter de la solidité des banques, notamment si les excès réalisés dans le domaine de la gestion de fortune se poursuivaient », explique Karine Hirn. Des produits offrant des rendements nettement plus élevés que le taux de rémunération des dépôts ont été proposés aux ménages fortunés, sans que les risques d'investissement soient isolés... Il faudra donc s'assurer que les nouvelles règles édictées fin mars par l'autorité de régulation bancaire destinées à limiter les risques pris sur ces produits de gestion de fortune (wealth-management products, WMP) seront appliquées.

La mise en place de la nouvelle équipe gouvernementale, qui a provoqué un renouvellement d'un nombre important de dirigeants locaux et de fonctionnaires, a pesé sur les cours. Le marché s'impatiente à propos de la mise en œuvre des réformes promises. « Il faudra attendre la fin de l'été, au moment du troisième plenum du politburo », prévoit la gestionnaire. Certaines réformes seront positives pour le développement long terme du pays mais, comme souvent, le marché pourrait faire la fine bouche dès lors qu'elles bousculent, dans l'immédiat, le fonctionnement du secteur privé.

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