Dossier Forum de la Gestion d'actifs

Des mandats plus diversifiés et plus flexibles

le 11/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Signe d'un marché complexe, qui oblige les investisseurs à s'adapter, les appels d'offres de gestion diminuent.

Des mandats plus diversifiés et plus flexibles

L'année 2012 ne laissera pas un souvenir impérissable en matière d’appels d’offres de mandats de gestion en France. « Cette année est relativement calme », confirme Frédéric Pétiniot, directeur général du cabinet de conseil Amadeis. Le constat est similaire pour Patrick Rivière, directeur général de La Française AM, pour qui « le marché n’est pas porteur car nous sommes dans un marché d’arbitrage ». A fin juin, les données relevées par Amadeis faisaient état de 58 appels d’offres lancés pour un volume de 6,6 milliards d’euros (voir le graphique). Ce montant pourrait atteindre 12 milliards d'euros sur l’ensemble de l’année pour une centaine de mandats alors que le volume annuel est en moyenne de 17 milliards. Autre signe de la difficulté du marché, certains appels d’offres sont mis en attente ou ne sont pas attribués. « C’est une année frustrante car certaines consultations n’aboutissent pas », constate Clotilde Daignes, directeur des ventes à La Banque Postale AM. Plusieurs explications à cela : « Des appels d’offres sur le monétaire ont été arbitrés en faveur de comptes à terme bancaires, ajoute cette dernière. D’autres n'aboutiront pas car les investisseurs ne parviennent pas à avoir les rendements attendus dans le contexte actuel de taux bas. » D’une année sur l’autre, les volumes peuvent toutefois varier de façon importante. « Certains acteurs, qui ont encore des flux positifs et sont dans un cycle normal d'investissement ou qui ont été amenés à reprendre leurs allocations comme l'Ircantec ou le FRR (Fonds de réserve pour les retraites, NDLR), maintiennent le marché animé », ajoute Richard Bruyère, président du cabinet Image & Finance.

Un enjeu stratégique

Le marché des mandats de gestion et des fonds dédiés reste malgré tout un enjeu stratégique pour les sociétés de gestion. Sur un total de 2.000 milliards d’euros investis par des institutionnels, le marché accessible dans le cadre de mandats de gestion ou de fonds dédiés est estimé à 250 milliards. Si la taille des mandats reste très variée, la tendance est plutôt à la hausse. « Les appels d’offres portent sur des tailles plus importantes, de l’ordre de 80 millions d’euros, indique Patrick Rivière. De plus, les investisseurs peuvent remettre en jeu plusieurs mandats en même temps. »

Il faut dire que les investisseurs ne sont pas inactifs face à un contexte de marché particulièrement compliqué. « La plupart d’entre eux sont contraints d’investir et doivent s’assurer des rendements annuels de l’ordre de 3 % pour couvrir leurs frais de fonctionnement, note Clotilde Daignes. Or ni les obligations d’Etat 'core' et ni le monétaire ne leur offrent de rendement suffisant. » Ce qui oblige à certaines adaptations. « Une des grandes tendances est la recherche de rendement dans un environnement de taux historiquement bas et d’inversion de la hiérarchie du risque », poursuit Michel Haski, responsable de la clientèle institutionnelle Emea (Europe-Middle East-Africa) chez bfinance. Face à cette nouvelle donne, les institutionnels font bouger les lignes, certains modifient les guidelines de leurs mandats, d’autres peuvent prendre des décisions plus profondes et faire évoluer leur réglementation pour accepter ou accroître la part de nouveaux actifs plus rémunérateurs en portefeuille. « Et cela peut prendre plusieurs formes : obligations 'corporate investment grade', haut rendement, fonds de dette en immobilier et infrastructures… », observe Clotilde Daignes. Ce mouvement vers plus de diversification est également visible sur les actions. « Les consultations portent sur des poches de diversification en actions internationales ou sur des approches de gestion plus thématiques, de type 'minimum variance', actions de rendement ou actions européennes dont l'activité est en partie réalisée dans les pays émergents », souligne Bernard Caron, associé chez Insti 7.

Renouveau de la gestion flexible

Le marché est en effet conscient du déplacement de la croissance vers les émergents. « L’investisseur ne se contente plus seulement d’investir en zone euro, rapporte Amine Benghabrit, directeur commercial chez Allianz GI France. Il internationalise son portefeuille, y compris sur les marchés émergents. Depuis un an, on note une tendance de la gestion actions euros à se focaliser sur des sociétés fortement implantées ou qui tirent une grande partie de leurs revenus des pays émergents, ce qui permet à certains institutionnels de contourner des réglementations restrictives sur les marchés émergents », explique ce dernier.

Mais la grande évolution des derniers mois est ailleurs. « Les appels d’offres portent sur des gestions de plus en plus spécialisées, relève Vincent Puche, associé chez Insti 7. Les allocations d’actifs sont robustes et restent prudentes. Mais elles doivent aussi être plus dynamiques. » Les investisseurs cherchent des gérants capables de saisir des opportunités tout en évitant les chocs de marché. « La tendance la plus marquante est sans conteste un renouveau de la gestion diversifiée et plus particulièrement de la gestion flexible », indique Amine Benghabrit. Plus de 60 % des appels d'offres depuis janvier concernent la gestion diversifiée, notamment flexible, et les obligations euro, selon Amadeis. Face à un environnement volatil, marqué par des phases successives et de plus en plus rapprochées d’aversion puis d’appétit du marché pour le risque, les investisseurs veulent s’entourer d’experts capables de naviguer dans ces environnements. Le succès de certains fonds patrimoniaux n’est pas étranger à cette tendance. « Les investisseurs ont vu que ce type de gestion pouvait apporter des résultats positifs en termes de protection des portefeuilles », ajoute Frédéric Pétiniot.

Les investisseurs veulent que les gérants utilisent les marges de manœuvre qui leur sont accordées. « Ils poussent leurs gérants à prendre plus de risque en utilisant au maximum leurs marges de manœuvre qui ont été accrues en termes d’allocation mais aussi en termes de classes d’actifs accessibles », assure Amine Benghabrit. Là où elle n’était que de +/-5 % auparavant, certains investisseurs n’hésitent pas à la porter à +/-30 % et à ouvrir le champ du possible aux actifs des pays émergents, au high yield, aux matières premières…

Evolution des réglementations

Parmi les lots mis en concurrence par l’Ircantec et attribués en juin dernier, l'un d'eux était composé de trois FCP (fonds communs de placement) qui portaient sur de la gestion diversifiée. « Il s’agissait de se doter de gérants capables de nous offrir une gestion tactique active pour bénéficier des tendances de marché », indique Edith Jousseaume, directrice des investissements de l’Ircantec à la direction des retraites et de la solidarité. « La gestion traditionnelle diversifiée représente encore 80 % des appels d’offres sur ce type de gestion, même si cela fait des années que cette dernière est critiquée », nuance Arnaud Ganet, directeur commercial chez Groupama AM pour qui le mouvement n’en est qu’à ses prémices. Cette latitude n’est pas offerte à toutes les institutions en raison des contraintes d’investissement. Aujourd’hui, leurs conseils d’administration s’interrogent pour faire évoluer les règles d’investissement qui doivent s’adapter au nouveau paradigme de marché. L'Agirc-Arcco réfléchirait à modifier ses contraintes concernant le high yield et la dette émergente. Après avoir fait évoluer l’allocation du cœur du portefeuille ces dernières années, l’Ircantec va se pencher sur la mise en place de poches de diversification sur de nouveaux pays, produits ou styles de gestion, et ce toujours avec une préoccupation ISR (investissement socialement responsable). « Nous allons mener ces travaux en 2013, confie Edith Jousseaume. Déjà quelques pistes sont sur la table comme les obligations convertibles, les obligations des collectivités locales, le financement des PME et plus tard le ‘private equity'. Cette diversification pourrait se faire au travers de fonds ouverts. » Un véritable mouvement de fonds.

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