Man Group est désormais vulnérable aux appétits de prédateurs

le 08/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Des résultats de nouveau en berne montre que la diversification du fonds alternatif britannique peine à porter ses fruits.

Autrefois considéré comme l’une des valeurs vedettes de la place londonienne, le fonds alternatif Man Group, premier hedge fund coté en Bourse par la taille de ses actifs (60 milliards de dollars), se trouve confronté depuis plus d’un an à une spirale de difficultés sans fin. Dans un univers concurrentiel qui se durcit, son action a cédé plus de 70 % depuis début 2011 et plus de 40 % depuis janvier, alors que les performances comme les ventes restent faibles. Ses derniers résultats trimestriels n’ont fait que confirmer cette tendance : ses clients ont encore retiré 2,2 milliards de dollars de ses fonds, alors qu’ils avaient extrait 1,4 milliard au cours du deuxième trimestre 2012. Au total, le fonds a enregistré son cinquième trimestre consécutif de décollecte. La faute principalement à des ventes plus faibles (3 milliards de dollars) alors que les rachats sont restés stables à 5,2 milliards de dollars.

« Le sentiment des investisseurs et, par voie de conséquence, les perspectives de flux restent faibles », a d’ores et déjà averti Peter Clarke, directeur général de Man le 18 octobre dernier. Autrefois considéré comme la locomotive du groupe, AHL, son fonds vedette, basé sur un modèle quantitatif systématique, ne s’accommode pas des mouvements de volatilité de marché : à fin septembre, le fonds était à 14 % au-dessous de son high watermark, sa plus haute valeur historique. La société a pourtant multiplié les initiatives pour redresser la barre. Man a ainsi tenté de rééquilibrer son bilan en réduisant sa dépendance au fonds AHL, qui offre quelque 80 % des profits du groupe et 55 % de ses recettes, en procédant à une diversification active : le groupe a racheté coup sur coup GLG en 2010 pour 1,6 milliard de dollars et plus récemment le fonds de fonds FRM, dont la transaction a été finalisée mi-juillet. L’intégration du fonds de fonds (8,3 milliards de dollars) a d’ailleurs permis de stimuler le nombre d’actifs sous gestion de Man à 60 milliards sur le trimestre, soit une croissance de 14 % depuis le 30 juin dernier.

Des pressions nouvelles

La performance de GLG, positionné sur les actions et les convertibles, a enregistré de meilleurs résultats sur le trimestre. Pour se remettre à flot, Man Group a aussi mis en place cet été un plan d’économies. Mais en attendant les fruits de ces actions de redressement, les analystes restent sceptiques sur l’avenir du fonds sur le court terme. Sous l’effet des contraintes réglementaires Bâle III et CRD IV, le bilan du groupe devrait ainsi continuer à s’appauvrir : les fonds propres réglementaires de Man, à 704 millions de dollars fin juin, ont atteint fin septembre 500 millions, tandis que sa trésorerie a aussi été réduite de 564 millions à 400 millions de dollars sur la même période. Les analystes de RBC Capital Markets ont revu à la baisse les prévisions de profits imposables ajustés pour 2012 et 2013, respectivement à hauteur de 17 % et 13 %, tout en maintenant les prévisions de revenus pour le groupe. La collecte, qui devait rester négative au cours du dernier trimestre, pourrait connaître une amélioration en 2013, selon les perspectives les plus optimistes.

Un modèle pertinent

Malgré l’accumulation de mauvaises nouvelles, le modèle économique du groupe sur le plus long terme reste pertinent : « Regroupant un vaste éventail de stratégies de gestion, Man Group garde aussi un 'merchandising', un réseau de distribution et une réputation tout à fait désirables en dépit de ses difficultés actuelles, souligne un observateur du secteur. Or le prix de l’action ne reflète pas pour l’instant leurs ambitions stratégiques à cinq ans. Mais il est à parier que l’esprit de diversification et leur discipline de gestion devraient finir par payer. » Dans l’intervalle, le groupe reste sous pression.

Après avoir fait l’objet d’une rumeur de rachat par BlackRock, le principal actionnaire du gestionnaire alternatif britannique avec une part du capital voisine de 9 %, Man Group a vu le gérant Odey Asset Management, qui investit dans les valeurs décotées et sous-évaluées, porter fin octobre sa participation de 1,25 % à 5,25 %, le propulsant ainsi au rang de son deuxième investisseur le plus important. Une prise de participation qui, sans remettre en cause la stratégie du fonds sur le long terme, impose au groupe d’apporter une réponse mieux adaptée aux préoccupations des actionnaires.

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