Man Group développe sa multigestion pour rééquilibrer son bilan

le 12/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Le groupe coté à Londres se positionne en consolidateur de l’industrie des « hedge funds », alors que les performances de son fonds vedette déçoivent.

Les derniers mois ont été plutôt difficiles pour Man. Le printemps des actionnaires n’a pas épargné la société qui, le 1

ermai dernier, s’est vu reprocher les mauvaises performances de son fonds vedette AHL, en baisse de 12 % depuis son récent pic. Le temps des retours sur investissement records à hauteur de 27 %, enregistrés au plus fort de la dislocation des marchés en 2008, semble désormais appartenir au passé. L’action du deuxième plus gros fonds alternatif au monde, dont les actifs sous gestion ont chuté de 15 % sur un an, n’est plus que l’ombre d’elle-même : elle a perdu 40 % depuis le début de l’année et plus de 70 % depuis le 1erjanvier 2011, provoquant ainsi, le 18 juin dernier, le retrait de la valeur du FTSE 100, l’indice phare du marché boursier londonien.

Nouvelle acquisition

Les analystes peinent à croire que les déboires du fonds alternatif, et en particulier de son fonds vedette, ne proviennent que d’un environnement négatif, les autres acteurs du secteur enregistrant des performances supérieures. Man, critiqué par le passé en raison de sa trop grande dépendance au fonds AHL, qui représente un tiers des actifs du groupe et entre 50 % et 60 % de ses bénéfices imposables selon les analystes, a pourtant pris les devants pour rééquilibrer son bilan : après le rachat de GLG Partners en octobre 2010 pour 1,6 milliard de dollars, le groupe a annoncé le 21 mai dernier l’acquisition de FRM, un fonds de fonds dont les encours atteignent 8 milliards de dollars. Ce rachat, qui porte à près de 19 milliards de dollars le total des actifs de son unité de multigestion, fait de Man le plus gros fonds de fonds indépendant non-américain. Le montant maximal de la transaction a été fixé à 82,8 millions de dollars et le prix final dépendra du niveau des actifs qui resteront sous gestion d’ici à trois ans. Aucun paiement d’avance n’a été effectué : « Bien qu’innovante, la structure de ce ‘deal', dont le prix est lié à la permanence des actifs sous gestion, peut paraître insultante pour certains acteurs du secteur des fonds de fonds », observe Tim Gardner, responsable des ventes et du marketing au sein du fonds de fonds Signet.

Les deux entreprises forment néanmoins un ensemble complémentaire, avec une base de clients essentiellement institutionnelle : « Depuis mon arrivée chez Man, j’ai essayé de répliquer le processus d’investissement en vigueur chez FRM de telle sorte qu’ils sont très similaires aujourd’hui », souligne Luke Ellis, directeur général de Man Multi-Manager et membre de la direction générale de FRM de 1998 à 2008. Le professionnel ne cache pas qu’il y aura des licenciements au sein de l’entité recomposée, sans en préciser le nombre. « L’une des principales difficultés dans une fusion est liée au risque d’exécution et à l’intégration des salariés, explique-t-il. Or dans la mesure où j’ai cogéré FRM pendant dix ans, je connais d’ores et déjà l’ensemble des personnes et je sais comment sera composée l’équipe d’investissement une fois que cette fusion aura obtenu les autorisations nécessaires. »

Départs successifs

La fusion entre Man et FRM, qui sera finalisée d’ici à la fin du troisième trimestre, devrait permettre de réaliser des économies de coûts annuelles de l’ordre de 45 millions de dollars d’ici à fin 2013. Malgré cette nouvelle acquisition, les analystes ne croient pas à une embellie de l’action de Man Group avant l’an prochain. Les départs de deux personnalités d’envergure au sein de la direction du fonds alternatif, destinés à regagner la confiance des investisseurs, n’ont pour l’instant pas eu l’effet escompté. Le 18 juin, le directeur financier de Man Group, Kevin Hayes, a été remplacé par Jonathan Sorrell, ancien responsable de la stratégie et de la finance d'entreprise. Une semaine auparavant, Darren Upton, responsable de la méthodologie de recherche qui supervisait le développement de modèles de trading chez AHL, a vu lui succéder Douglas Greenig. « Il est très difficile d’assurer la pérennité d’un fond alternatif sur une vingtaine d’années, estime François Buclez, directeur général du fonds Cube Capital. Tant que les demandes de rachat se feront sur un délai de trois à quatre mois, cette pérennité risque d’être malmenée. » Sur le court terme, les analystes tablent surtout sur une amélioration des performances d’AHL, clé de voûte du succès du fonds alternatif.

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