L’avis de… Charlotte Quiniou, analyste chez Fitch Ratings

« Maintenir une liquidité élevée induit un coût de 20 à 30 points de base de rendement »

le 30/08/2012 L'AGEFI Hebdo

L’initiative de certains gestionnaires américains de fermer leurs fonds monétaires libellés en euros peut-elle être une solution appliquée de ce côté-ci de l’Atlantique ?

Les sociétés de gestion américaines sont coutumières du fait. Ce fut déjà le cas au lendemain de la faillite de Lehman Brothers, mais également plus récemment en juillet 2011 lors des discussions sur le plafonnement de la dette américaine. Cette initiative, ponctuelle, a pour objectif affiché de protéger les investisseurs actuels de ces fonds. Si l’on observe les initiatives prises par le passé par les gestionnaires américains, cela ne constitue qu’une première étape. D’autres mesures pourraient être appliquées comme l’abaissement des frais de gestion, ou encore l’orientation vers de nouvelles stratégies d’investissement avec des actifs sous-jacents de plus longue échéance. Néanmoins, l’allongement de la duration peut remettre en cause le profil du fonds, notamment sa liquidité. En Europe continentale, les fonds présentent des profils moins conservateurs en matière de liquidité, et ont plus de marge de manœuvre par rapport à la baisse récente des taux.

Or les fonds conservateurs, qui sont les plus liquides, sont ceux retenus aujourd’hui par nombre de clients…

Absolument. Mais compte tenu des taux monétaires extrêmement bas, cette liquidité a un coût pour l’investisseur. Notre recherche indique que maintenir un niveau élevé de liquidité d’un véhicule de trésorerie induit un « coût » de 20 à 30 points de base de rendement. Certains investisseurs sont prêts à un compromis entre la liquidité du fonds et le rendement. Et sans s'exposer à un risque de crédit accru, ils s’orientent vers des stratégies d’investissement privilégiant des actifs plus longs avec les mêmes émetteurs.

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