Le maillon faible

le 11/04/2013 L'AGEFI Hebdo

Les élections générales en Italie, l’épisode de la crise bancaire chypriote ou encore la menace suspendue au-dessus de la Slovénie n’ont pas modifié l’opinion d’un grand nombre d’investisseurs : le point faible parmi les dettes souveraines de la zone euro reste l’Espagne. La péninsule ibérique cumule une menace de dégradation en high yield par les agences de notation, les velléités sécessionnistes de la Catalogne, plusieurs affaires de corruption qui minent la classe politique et, surtout, une incapacité, en dépit des efforts consentis, à réduire son déficit public comme promis à la Commission européenne, chaque échelon supplémentaire dans l’austérité budgétaire entraînant une aggravation de la récession.

Après cinq années de marasme, l’économie espagnole n’aperçoit pas encore de lueur d’espoir. Le gouvernement de Mariano Rajoy a revu à la baisse sa prévision d’activité à -1 % cette année. Plus pessimiste encore, le Fonds monétaire international (FMI) table sur -1,5 % et les services de Bruxelles sur une contraction de -1,4 %. Inverser la courbe du chômage (26 % de la population active) dans cet environnement relève du pari perdu d’avance. Réduire le déficit public à 3 % du PIB comme promis en 2014 (4,5 % cette année), tout autant. Même l’institution la plus optimiste, la Banque d’Espagne, table sur un déficit budgétaire de 6 % du PIB en 2013 et 2014, sans tenir compte du plan de résolution bancaire et de financement de la Sareb, la « bad bank ». Bien évidemment, la prévision repose sur le retour de la croissance en 2014. Le ratio dette publique/PIB a pris 20 points l’année dernière à 84 %. L’un des plus faibles de la zone avant la crise, il se situe aujourd’hui au-dessus de la moyenne.

Mariano Rajoy va devoir négocier du temps et des délais supplémentaires auprès de ses partenaires européens pour tenir ses objectifs de réduction du déficit public, sous peine d’aggraver la récession. Récemment, il réclamait plus « d’intégration européenne » aux pays qui « peuvent se permettre des politiques de relance afin de compenser les mesures d’austérité ailleurs ». Un appel du pied au partenaire allemand, le seul à disposer d’une marge de manœuvre en matière de politique budgétaire et fiscale. Berlin est prié de participer au rééquilibrage des balances courantes en zone euro. Dans un tel environnement, on comprend mieux les inquiétudes des investisseurs sur la dette souveraine, d’autant que les résidents (les banques locales grâce aux liquidités obtenues auprès de la Banque centrale européenne) ont épuisé leur capacité à « renationaliser » la détention de la dette.

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