Madrid impose l’austérité aux communautés autonomes

le 31/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Le gouvernement central leur demande 18 milliards d’euros d’économies supplémentaires en 2012. Leur endettement est de 140 milliards d’euros.

Comment réduire les déficits publics dans un pays fortement décentralisé et attaché à sa culture de régionalisation ? C’est le défi de Madrid confronté aux agences de notation qui ne cessent de dégrader sa note, en raison des doutes sur la santé de ses banques et des dépenses des communautés autonomes. On reproche à ces 17 régions de n’avoir pas pu ramener leur déficit public à 1,5 % du PIB. Moody’s vient d’abaisser les notes de la Catalogne, de l’Estrémadure, de l’Andalousie et de Murcie.

Le gouvernement central s’est engagé à réduire son déficit public à 5,3 % du PIB en 2012. En 2011, il n’avait pas pu atteindre l’objectif des 6 % auquel il s’était engagé, et s’est retrouvé en fin d’année avec un déficit de 8,5 %. Pas étonnant que Madrid regarde d’un mauvais œil les dépenses des communautés autonomes qui seraient responsables pour les deux tiers de ce dérapage budgétaire.

Madrid est bien décidé à les mettre au pas en leur imposant une cure d’austérité. Elles devront économiser plus de 18 milliards d’euros en 2012. Ces économies seront réalisées en réduisant les dépenses de 13 milliards et en augmentant les recettes fiscales de 5,3 milliards. A cela s’ajoute le décret-loi adopté en avril dernier qui prévoit d’économiser plus de 10 milliards d’euros dans le secteur de la santé et de l’éducation, une mesure qui affectera directement les budgets des communautés, compétentes en la matière.

Ces mesures ont provoqué la colère de présidents de communauté autonome, qui y voient une tentative de recentralisation du gouvernement espagnol. Toucher aux compétences des régions est un sujet sensible en Espagne d’un point de vue historique. Après avoir souffert pendant des années de la férule de l’Etat central sous la dictature franquiste, les régions se sont émancipées lors de transition démocratique, inscrivant leur autonomie dans la constitution espagnole. Empiétant directement sur leurs compétences en matière d’éducation et de santé, les réformes du gouvernement ont fait monter au créneau plusieurs d’entre elles. L’Andalousie et le Pays Basque envisagent même de présenter un recours devant le tribunal constitutionnel pour dénoncer les ajustements du gouvernement central.

Pour Juan Carlos Martinez Lazaro, professeur d’économie à l’IE Business School : « Il ne s’agit pas de revenir au centralisme, mais de rationaliser les dépenses qui ont atteint des niveaux ahurissants. » Pour éviter les écueils, Madrid s’est donné cette année les moyens de rappeler à l’ordre les 17 communautés espagnoles en inscrivant dans la constitution la loi sur la stabilité budgétaire. Sur le modèle du pacte budgétaire européen, la loi entrée en vigueur au 1

ermai permet au gouvernement d’intervenir dans les comptes des régions et de les contraindre à réduire leur déficit à 1,5 % de leur PIB. Madrid pourra même leur imposer des sanctions économiques si elles ne respectent pas ce seuil, voire les mettre sous tutelle.

La dette publique doublée

Au total, la dette publique des régions s’élève à 140 milliards d’euros, soit 13,1 % du PIB, estime la Banque d’Espagne. C’est la communauté catalane qui serait la plus endettée avec 41, 8 milliards, soit 20,7 % de son PIB, suivie par la Communauté de Valence avec 20,8 milliards d’euros, soit 19,9 % de son PIB. « Pendant les années du boom économique, il y avait beaucoup de gabegie, souligne José Ramon Pin, économiste à l’IESE. La Catalogne avait par exemple 80 ambassades dans le monde. »

« Pendant des années, les communautés autonomes ont eu d’abondantes rentrées d’argent provenant du secteur immobilier et elles avaient une capacité illimitée d’accès au crédit », explique Juan Carlos Martinez Lazaro. En 2007, la communauté de Valence avait perçu plus de 2,4 milliards d’euros en impôts sur la transmission du patrimoine, contre 700 millions en 2011. « Quand les revenus chutent tellement et que les dépenses se maintiennent, cela devient insoutenable », souligne l’économiste.

Comme elles n’ont plus la confiance des marchés, les émissions de dettes deviennent très onéreuses. « La Catalogne a émis des bons patriotiques à 7 %. C’est très cher. Quant à la communauté de Valence, elle ne peut plus émettre de dettes parce que le marché ne lui fait pas confiance, explique José Ramon Pin. C’est pour cela que les communautés autonomes ont demandé à l’Etat central d’émettre des ‘hispanobonos’. » Mais à l’instar de l’Etat allemand avec les euro-obligations, l’Etat espagnol est réticent.

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