La longue marche du renminbi

le 07/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Les Français, comme de coutume sur ce sujet, ont suscité plus de scepticisme que d’enthousiasme en faisant de la réforme du système monétaire international un thème prioritaire de leur présidence du G20. Si le séminaire organisé ces derniers jours à Nanjing n’a donné lieu à aucune percée spectaculaire, il n’en a pas moins conforté l’idée qu’un débat d’ensemble sur l’élimination des déséquilibres internationaux ne pouvait faire l’impasse sur les questions monétaires ; et que même si le dollar était assuré de conserver son rôle hégémonique pendant des années encore, un autre ordre, centré sur plusieurs monnaies de réserve régionales ou fondé sur un panier de monnaies internationales géré par le FMI, n’est pas une chimère. Elle progresse assez dans les esprits pour assurer que la réflexion, que cela plaise ou pas, se poursuivra après la présidence française.

Quel que soit le futur système, il est avéré que le renminbi y jouera un rôle clé. La Chine ne fait pas mystère de sa volonté en la matière, justifiée par son poids économique et son ambition mondiale. Un horizon 2020 a été tracé pour internationaliser la devise et faire de Shanghai une place financière dominante. Les mesures techniques prises pour atteindre l’objectif sont déjà impressionnantes. Le quadruplement en 2010 des dépôts en renminbi à Hong Kong, le recours croissant des entreprises chinoises aux paiements transfrontaliers dans leur monnaie nationale, les émissions en renminbi qui se multiplient de la part d’entreprises étrangères, enfin la possibilité ouverte en janvier par la Banque de Chine d’ouvrir un compte en renminbi à New York en témoignent suffisamment. D’autres mesures, comme une véritable internationalisation du marché obligataire national, aujourd’hui ouvert à quelques acteurs sévèrement encadrés, sans parler d’une véritable libéralisation du système bancaire, constitueraient des avancées cruciales pour faire de la Chine une place financière mondiale digne de ce nom.

Le plus difficile restera à faire. Car l’accès au statut privilégié de monnaie dominante ne suppose pas qu’une puissance économique à la hauteur. Encore faut-il que tous les investisseurs du monde, à commencer par les banques centrales, considèrent que le risque de détenir une part majeure de leurs avoirs sous forme de renminbis vaut d’être pris, au regard de la stabilité à long terme du pays. Comme l’Europe vient d’en faire la douloureuse expérience, le doute sur la capacité d’une zone monétaire à honorer ses dettes quoi qu’il arrive ne pardonne pas sur les marchés. Seule une certitude absolue quant à la volonté chinoise de se comporter en débiteur infaillible peut faire du renminbi, dans la longue durée, un alter ego au dollar. Cela suppose une stabilité politique que garantira de moins en moins l’autoritarisme du régime. Pour Pékin, lever l’hypothèque démocratique sera un préalable à son accession à un statut monétaire dominant.

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