Dossier Changes

Londres, en pole position, règne sans partage

le 21/06/2012 L'AGEFI Hebdo

La première place des changes mondiaux devrait maintenir son leadership au cours des prochaines années.

Première place mondiale des changes, la capitale britannique a enregistré un volume quotidien moyen de transactions de 1.972 milliards de dollars en octobre 2011, selon les dernières données publiées par le comité des marchés des changes au Royaume-Uni (Foreign Exchange Joint Standing Committee). Ce chiffre, qui lui assure une part de marché mondial de près de 37 %, la place loin devant les autres marchés financiers, et notamment New York (19,8 %) ou encore Singapour (5,5 %) et Tokyo (5,7 %). « L'importance de Londres dans ce marché s’explique par sa situation géographique et son décalage horaire, qui se situe à l’opposé de l’Asie-Pacifique, mais aussi par son ancrage historique dans le commerce », explique Kevin Rodgers, directeur général et responsable mondial du marché au comptant, commerce électronique et dérivés chez Deutsche Bank : « Cela lui donne une infrastructure capable de comprendre le marché de changes. C’est un cercle vertueux qui se nourrit de lui-même. »

Le secteur reste aussi très concentré : la part de marché des dix principales banques outre-Manche (parmi lesquelles Deutsche Bank, UBS, Barclays et Citi) est passée de 70 % à 77 % entre 2007 et 2010 alors qu’elle n’était que de 58 % en 2001: « Je ne crois pas à un monopole de l’une ou l’autre de ces banques sur le moyen terme, expose Peter d’Amario, directeur général et responsable européen de Greenwich Associates. Principalement parce que les clients utilisent différents fournisseurs et que la crise financière a d’ores et déjà réduit le nombre d’acteurs présents sur le marché des changes. »

Hausse des volumes

La forme du marché ne devrait pas évoluer sur le court terme mais les crises à répétition, et en particulier la crise de la zone euro, devraient continuer à impacter les volumes de changes : « Indiscutablement, chaque crise provoque une hausse des volumes sur le marché des changes dans la mesure où les acteurs ont plus d’actifs à couvrir et plus d’inquiétude sur les moyens d’y parvenir », indique Kevin Rodgers. Le cabinet Greenwich Associates prévoit ainsi qu’une sortie de la Grèce et/ou d’un autre pays périphérique de la zone euro pourrait se traduire par une hausse des volumes sur le marché mondial des changes à hauteur de 7,5 % durant les mois suivant l’annonce, et de 5,5 % au cours des années qui suivent. Une désintégration de la zone euro pourrait même gonfler de 25 % les volumes l’année suivante. « Même si, à court terme, l’activité de changes doit retourner à des niveaux normaux, l’éventualité d’un éclatement de la zone euro ne peut avoir qu’un effet disproportionné sur le marché des changes londonien en raison de sa taille et de sa prépondérance », estime Peter d’Amario.

Avantage avec la Chine

A plus long terme, la capitale britannique devrait aussi bénéficier de son avantage sur le marché de la devise chinoise. Suite à un dialogue économique et financier entre le Royaume-Uni et la Chine en septembre dernier, confirmé en janvier par une rencontre entre le chancelier de l’Echiquier George Osborne et le directeur général de l’autorité monétaire de Hong Kong, les principales banques britanniques ont lancé en avril un projet visant à faire de Londres la plate-forme occidentale pour le développement du marché du renminbi, aux côtés de Hong Kong et d’autres centres financiers. Soutenu par Bank of China, Barclays, Deutsche Bank, HSBC et Standard Chartered, ce projet s’appuie déjà sur des bases solides : le marché au comptant du change en yuans à Londres représente 26 % du marché mondial à l'extérieur de la Chine et a progressé de 80 % sur une année, selon une étude réalisée par le cabinet Bourse Consult. « Les banques outre-Manche ont constaté une augmentation des demandes de la part de leurs clients pour un règlement en renminbi, observe Peter Cox, consultant au sein de ce cabinet d’études. Or ce n’est pas banal de demander un règlement en plusieurs devises dans la mesure où cela exige un risque supplémentaire et des procédures spécifiques pour couvrir celui-ci. »

Depuis l’annonce de cette initiative, les banques ont d’ailleurs multiplié les projets : Citi, qui propose des contrats à terme sans livraison physique en renminbi depuis déjà quelques années, vient de lancer à Londres des solutions de centralisation financière et de services commerciaux en devise chinoise au travers desquelles la banque propose à ses clients des comptes domiciliés au Royaume-Uni dans cette devise, y compris des fonctionnalités de paiement et de collecte. De son côté, Royal Bank of Scotland (RBS) a ouvert un desk chinois à Londres tandis que HSBC, qui a émis sa première obligation internationale en yuans en avril, vient de lancer six nouvelles paires de devises liées au renminbi. De quoi permettre à la capitale britannique de conforter durablement sa première place sur le marché des changes mondiaux.

A lire aussi