Dossier Forum de la Gestion d'actifs

Les liquidités abondent pour les fonds « high yield »

le 11/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Rare classe d'actifs à procurer du rendement, ses flux devraient continuer à soutenir le marché pendant les prochains mois.

Record battu. L'univers des fonds high yield (haut rendement) européen suivi par JPMorgan, et représentatif du secteur, est parvenu à collecter 413 millions d'euros sur une semaine, entre le 12 et le 19 septembre, dans la foulée du discours du président de la Banque centrale européenne Mario Draghi, annonçant un programme de rachats de titres souverains. Ces chiffres témoignent d’une accélération des flux de souscription, ceux-ci atteignant 2,2 milliards d'euros sur les huit premiers mois de l'année. « Nous avons collecté 800 millions d'euros sur le 'high yield' depuis janvier sur la zone francophone », indique Eric Pictet, directeur du bureau de Paris de la société de gestion Muzinich, spécialisée dans la gestion crédit. Chez Allianz Global Investors, le spécialiste produit obligataire Pierre Wrobel confirme la tendance : « Nous constatons un regain d'intérêt encore plus soutenu pour le 'high yield' depuis l'été. Les investisseurs institutionnels sont en réflexion active pour faire évoluer leurs 'guidelines' internes afin de pouvoir investir sur cette classe d'actifs, qui jusqu'à présent leur était souvent interdite. »

Les investisseurs ont pris conscience que les obligations high yield sont l'une des dernières classes d'actifs à afficher des rendements significatifs, compris entre 6 % et 7 %. De plus, non seulement les obligations d'Etat affichent des taux très faibles, mais elles ne peuvent plus être considérées comme un actif peu risqué. La dette à haut rendement sort clairement gagnante de la comparaison.

Contraintes de passif

« Les investisseurs cherchent des solutions de rendement pour faire face à leurs contraintes de passif dans un environnement de taux d’intérêt historiquement bas, atteste Michaël Longeard, gérant du fonds Ofi Euro High Yield chez Ofi. Le haut rendement offre une réponse adaptée et diversifiante à cette problématique. » Le marché du high yield a changé de visage, avec la dégradation de nombreux émetteurs de la catégorie investment grade en haut rendement. Il pèse aujourd'hui 180 milliards d'euros, pour 160 émetteurs, laissant un large choix aux investisseurs. « De nombreux émetteurs de pays périphériques ont été dégradés mécaniquement en 'high yield' en raison de leur nationalité, sans rapport avec leurs fondamentaux, explique Thomas Samson, gérant du fonds Muzinich Europeyield. Cela crée des opportunités d'investissement. »

Cette abondance de liquidités a contribué à soutenir la performance de la classe d'actifs ces derniers mois : les différents indices high yield ont gagné entre 17 % et 20 % depuis le début de l'année. Le beau rally de ces dernières semaines se traduit par une baisse du rendement moyen de l'indice Merrill Lynch Euro High Yield (l'indice large de la catégorie incluant les émetteurs financiers) de 9,28 % fin juin à 7,63 % aujourd'hui. « L'afflux de liquidités dans le marché a entraîné la baisse des rendements et l'écrasement des 'spreads' d'une centaine de points de base, analyse Pierre Wrobel. Les fondamentaux restent corrects, mais il faut rester très sélectif dans ses choix. » Ainsi, le fonds Allianz Euro High Yield est sous-pondéré sur le secteur cyclique et les financières, en raison de la morosité du contexte économique. Pour compléter son offre dans le contexte actuel, la société de gestion s'apprête à lancer un fonds high yield plus défensif excluant les financières, concentré sur les émetteurs les mieux notés et mettant en œuvre une gestion non benchmarkée. « Nos clients soumis à la réglementation Solvabilité II sont plus à l'aise avec des émetteurs 'BB' et 'B' qui sont moins consommateurs en capital que les émetteurs moins bien notés », souligne Pierre Wrobel. La société de gestion attend l'agrément de l'Autorité des marchés financiers pour ce nouveau produit dans les prochains jours.

Malgré leur prudence après la bonne performance de ces dernières semaines, les gérants n'ont pas pour autant fortement augmenté la part de liquidités en portefeuille. « Le 'cash' représente 5 % du portefeuille, contre 12 % lors des élections du mois de juin en Grèce. Il s'agit surtout de pouvoir faire face à d'éventuels rachats dans de bonnes conditions », explique Thomas Samson, dont le fonds n'investit pas dans le secteur financier. C'est aussi le cas d'Ofi Euro High Yield, dont le gérant Michaël Longeard se concentre aujourd'hui sur les titres les moins biens notés : « Nous privilégions les titres 'B' et 'CCC' au détriment des 'BB' qui offrent un potentiel d’appréciation limité. » Son exposition cash s'élève aujourd'hui à 6 %, lui permettant, notamment, de participer aux nouvelles émissions.

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