L'avis de... Jim Leaviss, gérant obligataire de M&G

« Les leviers de la croissance n’existent plus »

le 03/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Comment jugez-vous la situation actuelle de l’économie britannique ?

Elle a longtemps reposé à la fois sur la consommation des ménages et sur une politique de dépenses publiques importantes. Or ces deux leviers de croissance n’existent plus aujourd’hui. A cette situation s’ajoutent un taux de chômage élevé, une contraction des prêts bancaires et un ralentissement de l’économie américaine. La situation a d’ailleurs été jugée suffisamment préoccupante par la Banque d’Angleterre pour qu’elle intervienne et amorce une nouvelle phase de quantitative easing.

Pensez-vous que la politique d’austérité menée par le gouvernement Cameron va dans le sens d’un rétablissement de l’économie ?

Si l’on s’en tient à une approche keynésienne, le gouvernement devrait injecter des fonds dans l’économie en temps de crise et non l’inverse, comme le fait le gouvernement Cameron. Il est certain que cette politique d’austérité a pour seul objectif de préserver la note « AAA » du Royaume-Uni. Par le passé et dans des circonstances précises, les politiques d’austérité budgétaires ont obtenu de bons résultats, s’agissant par exemple du Canada ou encore de la Suède. Mais la situation économique était alors beaucoup moins mauvaise. L’Irlande semble être le seul exemple probant de réussite : après la mise en œuvre d’un plan d’austérité drastique, ce pays a dégagé deux trimestres favorables et reste bien positionné pour parvenir à un déficit budgétaire de 10,6 % du PIB cette année.

Quels sont les défis qui attendent l’économie britannique ?

La résolution de la crise de la dette souveraine reste une question épineuse qui devra être réglée rapidement, en particulier du point de vue des banques car outre-Manche, ces dernières peuvent connaître d’importantes difficultés en raison de leurs liens interbancaires avec les établissements de la zone euro. Dans les toutes prochaines années, il faudra aussi s’habituer à vivre dans une économie à faible croissance : les 3 % enregistrés au cours des bonnes années semblent désormais inaccessibles. Et pour cause : nous vivons actuellement dans un contexte de vieillissement de la population et le système bancaire n’est plus ce qu’il était. Au cours des années 90, la croissance excessive était liée à un phénomène de levier qui a aujourd’hui disparu.

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