La Lettonie au seuil de la zone euro

le 20/06/2013 L'AGEFI Hebdo

La Commission européenne a donné son accord à son adhésion, mais la BCE s’inquiète de la dépendance des banques vis-à-vis des dépôts étrangers.

La Lettonie pourrait devenir, le 1er janvier 2014, le 18e pays européen à adopter l’euro, après la Slovaquie en 2009 et l’Estonie en 2011. Dans leurs « rapports de convergence » publiés début juin, la Commission européenne et la Banque centrale européenne (BCE) estiment que l’ex-pays communiste remplit tous les critères de l’article 140 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (UE). D’abord, sur les douze mois précédant avril 2013, le taux d’inflation s’est élevé à 1,3 %, en dessous de la valeur de référence de 2,7 % (la moyenne des taux des trois pays qui ont obtenu les meilleurs résultats plus 1,5 point de pourcentage). Ensuite, le déficit budgétaire a été ramené à 1,2 % du PIB en 2012, contre 8,1 % en 2010, et la dette publique à 40,7 %, contre 44,4 % en 2010, largement en deçà des seuils de Maastricht. Bruxelles recommande donc de mettre fin à la procédure de déficit excessif ouverte en juillet 2009. Enfin, le taux d’intérêt à long terme s’est établi à 3,8 %, sous la valeur de référence de 5,5 %, et le lats, lié à l’euro par le mécanisme de change européen (MCE 2) depuis 2005, ne s’est pas écarté de son cours pivot de +/- 1 %. Par ailleurs, la BCE juge la loi sur la banque centrale compatible avec le traité européen. Il ne reste plus aux ministres des Finances de la zone euro qu’à donner leur accord et à fixer le taux de conversion du lats, probablement le 9 juillet.

De justesse

Dans leurs rapports publiés en 2012, la Commission européenne et la BCE avaient considéré que la Lettonie ne remplissait pas les critères sur la stabilité des prix, les finances publiques, et l’indépendance de la banque centrale. Il faut dire que le pays revient de loin. Entre son adhésion à l’UE en 2004 et 2007, la Lettonie a connu une croissance de 10 % par an en moyenne, un afflux de capitaux étrangers et un boom de l’immobilier. Fin 2008, sous la pression d’une crise bancaire et de fuites de capitaux, Riga a dû demander une aide de 7,5 milliards d’euros à l’UE et au Fonds monétaire international (FMI) afin d’enrayer la chute de ses réserves de change et de maintenir l’ancrage du lats à l’euro. Le PIB a plongé de près de 25 % en deux ans, le chômage a atteint 21,2 % début 2010, et des mesures d’austérité sans précédent ont été prises. Courant 2010, la croissance est repartie (5,5 % en 2011 et 5,6 % en 2012), tirée notamment par les exportations. Depuis juin 2011, la Lettonie a recouvré son accès au marché et remboursé intégralement, par anticipation, le FMI fin 2012. Il lui reste à rembourser ses autres créanciers (Commission européenne, Banque mondiale). Ses besoins de refinancement s’élèvent à moins de 500 millions d’euros cette année, mais se montent à plus de 1,4 milliard en 2014 et en 2015.

La BCE, de même que le FMI dans son rapport annuel sur le pays publié en janvier, souligne le risque pour la stabilité financière de la croissance rapide des dépôts des non-résidents. Ceux-ci ont augmenté de 17,7 % entre la fin du premier trimestre 2012 et la fin du premier trimestre 2013, atteignant 9 milliards d’euros sur un total de 18 milliards (voir le graphique), alors que les dépôts des résidents n’ont progressé que de 10,3 % au cours de la même période. Selon le FMI, 80 % à 90 % des dépôts des non-résidents provenaient, fin septembre 2012, de pays de la Communauté des Etats indépendants (CEI), notamment de Russie. L’entrée en vigueur d’une convention fiscale visant à éviter la double imposition avec la Russie en janvier et la crise chypriote ont accéléré le mouvement. Or en 2008, les retraits de dépôts étrangers avaient précipité la nationalisation de la deuxième banque du pays, Parex Banka, et contraint la banque centrale à liquider 40 % de ses réserves de change pour défendre le lats.

Cela dit, les autorités cherchent à dissiper toute comparaison avec Chypre. Les actifs bancaires représentent 147 % du PIB, contre 367 % en moyenne dans l’UE et plus de 700 % à Chypre. De plus, le régulateur bancaire (la Financial and Capital Market Commission) a imposé aux banques spécialisées dans les clients non résidents (60 % d’entre elles, représentant 43 % des actifs bancaires) des exigences de fonds propres et de liquidité supérieures aux autres.

Même si la Lettonie devrait profiter des avantages de la monnaie unique (moindre risque de change, accès au refinancement de la banque centrale, etc.), la BCE met également en garde contre un dérapage de l’inflation, historiquement volatile (entre -1,2 % et 15,3 % ces dix dernières années). Le processus de rattrapage économique risque de la pousser à la hausse à moyen terme, étant donné la faiblesse du PIB par habitant et des prix par rapport à la moyenne de la zone euro.

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