LCH.Clearnet SA remplace sa plate-forme de compensation actions

le 06/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Pour abaisser ses coûts et améliorer sa flexibilité, la chambre de compensation française vient de mettre en production une nouvelle infrastructure.

Vendredi 3 décembre dernier, LCH.Clearnet SA a basculé la compensation des marchés cash actions de son ancienne plate-forme C21 sur une nouvelle infrastructure technologique développée en collaboration avec Atos Worldline. C’est en 2007 que la décision avait été prise de remplacer la plate-forme C21 et les discussions avec Atos à ce sujet ont débuté en avril 2009. Elle n’est baptisée UCS (Universal Clearing and Settlement platform) en interne que provisoirement car ce nom est jugé trop proche de celui d’autres acteurs financiers. Surtout, elle répond à plusieurs objectifs stratégiques : réduire les coûts d’exploitation tout en augmentant les capacités de traitement, améliorer la flexibilité de l’infrastructure ainsi que l’agilité fonctionnelle et, enfin, limiter encore plus les risques opérationnels. « C21 fonctionnait très bien, relativise Pierre-Dominique Renard, directeur en charge des marchés, des clients et des infrastructures chez LCH.Clearnet SA. Mais le nouvel outil nous procure plus de marge de manœuvre en termes de montée en charge et de résistance. »

Conçue au début des années 2000, la plate-forme C21 accusait ses dix années d’existence. Et surtout, elle permettait difficilement à LCH.Clearnet SA de faire face à la pression sur ses coûts de ses grands clients, tel Nyse Euronext. Le groupe boursier transatlantique avait annoncé, en mai dernier, vouloir assurer elle-même la compensation de ses transactions sur les actions en Europe, jugeant difficile en l’état de répondre aux exigences de ses propres clients. Mais Dominique Cerruti, directeur général adjoint de Nyse Euronext, laissait la porte ouverte aux négociations. « Nous avons changé de technologie pour baisser nos coûts, affirme ainsi Bernard Bricheux, directeur des systèmes d’information de LCH.Clearnet. Depuis 2001, C21 bénéficiait de deux nouvelles versions par an. Si la plate-forme était à la pointe de la technologie en 2001, l’empilement de nouvelles fonctionnalités l’a rendue plus complexe à maintenir et a réduit sa flexibilité. Les interfaces hommes machines étaient très frustres en termes d’ergonomie. » Le référentiel client, notamment, permettant d’organiser la structure d’un compte en fonction des flux de données et de messages nécessaires demandait beaucoup de travail aux équipes en interne. Or, « l’activité de nos clients évolue fortement : nouveaux services, nouvelles connectivités à de nouvelles places, nouveaux ‘trading members’… », observe Pierre-Dominique Renard.

Un cœur Linux

« Au milieu de années 2000 sont apparues des technologies plus légères, basées sur le système d’exploitation Linux. Des technologies très performantes et très bon marché, raconte Bernard Bricheux. Elles se sont répandues progressivement dans le monde financier, à commencer par le domaine de la diffusion de données, puis dans celui des Bourses elles-mêmes. » Concurrencées par des plates-formes boursières alternatives, les MTF (multilateral trading facilities) tel Chi-X, les Bourses traditionnelles ont dû reconstruire entièrement leurs systèmes informatiques avec ces nouvelles technologies, comme Nyse Euronext avec UTP, opérationnelle depuis 2008, ou le LSE (London Stock Exchange) qui a racheté l’éditeur sri-lankais Millenium IT en août 2009 pour la mise au point de sa nouvelle plate-forme. « Ces technologies permettent de concevoir des architectures modulaires, plus faciles à faire évoluer, donc plus flexibles. Quand vous modifiez une brique, vous ne testez que cette brique et non pas tout le système, explique Bernard Bricheux. Mais avant d’adopter ce type de technologies, nous avons bien réfléchi à l’introduction éventuelle de nouveaux risques opérationnels. Par exemple, à la réaction de ces architectures alternatives face à la perte d’un composant. » Une question qui ne se posait pas avec les « anciennes » architectures mainframe et les serveurs à tolérance de panne qui les constituaient. Celles-ci possédaient tout en double : stockage, mémoire, CPU (processeur)… Si un composant venait à faire défaut, son double prenait le relais.

Une externalisation très poussée

« Une chambre de compensation n’a pas vocation à être une SSII (société de services en ingénierie informatique, NDLR), souligne Pierre-Dominique Renard. Elle doit en priorité avoir une connaissance très précise des besoins de ses clients. » Aussi, LCH.Clearnet SA a contracté avec Atos, son fournisseur historique, l’externalisation de son informatique. « A ce jour, nous avons rénové 70 % de notre système d’information, précise Bernard Bricheux. La nouvelle plate-forme UCS représente un des douze lots constituant la rénovation totale de notre système d’information. » Les deux lots restants correspondent à la mise en production de la plate-forme de compensation pour les produits dérivés et à la finalisation de la migration de toutes les applications sur un nouveau datacenter (LCH.Clearnet SA en utilise deux par mesure de sécurité, mais l’un d’eux atteignait ses limites en termes de capacités et les régulateurs ont suggéré que la distance de 15 kilomètres les séparant était peut-être insuffisante).

Le plus gros projet

« De tous, c’est ce lot qui nous a demandé le plus de travail, note Bernard Bricheux. Nous nous sommes beaucoup investis pour comprendre l’architecture et le design de cette nouvelle plate-forme de compensation. Nous avons fait beaucoup plus que la recette. » Ce sont les équipes de LCH.Clearnet qui ont écrit les spécifications techniques et fonctionnelles de la nouvelle plate-forme à partir du prototype proposé par Atos Worldline, « conçus plutôt pour des zones géographiques où les besoins en compensation sont moins complexes », signale Pierre-Dominique Renard. Durant l’été 2009, un très gros travail a été effectué avec la constitution d’une bibliothèque renfermant 3.000 cas de test. La mise au point des jeux de test a nécessité 2.000 jours/hommes sur un total de 10.000. Les tests ont débuté en février 2010, module par module, puis plusieurs modules à la fois, et enfin, en juin 2010, de bout en bout. Huit tests de bascule complète entre C21 et UCS ont été effectués. « Le 3 décembre, nous avons signalé à nos clients que nous ne traiterions qu’à partir de 11h, pour nous donner une marge, rapporte Pierre-Dominique Bernard. Nous avons absorbé et traité toutes les opérations entre 9h et 11h en quelques minutes avec UCS, soit entre 200.000 et 250.000 unités. » C21 est demeurée opérationnelle jusqu’au 31 décembre par mesure de sécurité. 

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