Lazard Frères Gestion met le cap sur les clients privés européens

le 10/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Alors que la gestion réaffirme son poids dans le groupe, son pôle français va s’implanter en Suisse, en Espagne et en Allemagne.

Lazard ne rime pas uniquement avec banque d’affaires. La gestion d’actifs a généré l’an dernier 43 % des revenus du groupe américain, renouant ainsi avec le niveau qu’elle avait déjà atteint au début des années 2000. Entre-temps la banque a doublé de taille, avec un chiffre d’affaires global de 1,95 milliard de dollars (1,4 milliard d’euros) en 2010. Et c’est l’asset management qui a tiré sa croissance, avec un revenu d’exploitation en hausse de 40 % au cours du dernier exercice.

L’entité française Lazard Frères Gestion y contribue. Si elle représente seulement 9 % des encours totaux, avec 11,07 milliards d’euros d’actifs gérés à fin décembre, elle a assuré environ 14 % de la collecte du groupe l’an dernier, avec près d’un milliard d’euros d’afflux nets. En dépit de la méfiance des investisseurs envers les marchés boursiers, « nous avons surtout collecté sur nos fonds actions euro ou Europe, se réjouit Jean-Jacques de Gournay, associé-gérant et directeur commercial institutionnel de Lazard Frères Gestion. L’encours du fonds Objectif Alpha Euro a par exemple plus que doublé, à 414 millions d’euros, malgré un effet de marché quasi nul, tandis que Norden, une Sicav centrée sur la Scandinavie, a triplé de taille à 337 millions d’euros et a affiché une performance de 34 % l’an dernier. En janvier, la dynamique de 2010 s’est poursuivie avec une collecte nette de plus de 150 millions d’euros sur les OPCVM (organismes de placement collectif en valeurs mobilières, NDLR) actions ».

Peu de synergies avec Lazard AM

Pour atteindre son objectif de 15 milliards d’actifs gérés fin 2015, Lazard Frères Gestion veut conquérir de nouveaux clients au-delà des frontières. Après avoir ouvert fin 2006 une antenne bruxelloise qui compte aujourd’hui trois personnes, « nous voulons nous développer dans la gestion privée en Europe en nous implantant prochainement en Suisse, ainsi qu’en Espagne et en Allemagne, deux pays où Lazard a déjà de bonnes positions en banque d’affaires, déclare Jean-Jacques de Gournay. Il nous faut encore trouver les bonnes équipes car nous souhaitons nous implanter sur le long terme ». L’associé-gérant ne dévoile pas de calendrier, mais les bureaux suisse et espagnol pourraient ouvrir cette année. En revanche, l’Italie n’est plus évoquée : seul Lazard Asset Management (AM), la principale entité de gestion du groupe née en 1997 de la fusion des branches britannique et américaine, y est représentée malgré des encours désormais nuls, alors qu’ils représentaient 1 % des actifs gérés en 2004.

Le projet européen de Lazard est porté depuis l’automne 2009 par Georges Ralli, ancien patron de la banque d’affaires à Paris. D’où sans doute le choix de l’entité française de gestion. En outre, « alors que Lazard AM cible principalement les institutionnels, nous avons depuis longtemps des clients privés à Paris¸ explique Jean-Jacques de Gournay. Aujourd’hui, onze banquiers privés et onze gestionnaires de portefeuilles sont à leur service ».

Même si Lazard AM est déjà implanté en Allemagne, « nous allons opérer sous notre propre marque dans les trois pays, poursuit l’associé-gérant de Lazard Frères Gestion. Nous proposerons nos OPCVM et aussi ceux de Lazard AM, à qui nous avons par exemple déjà délégué la gestion d’un fonds actions émergentes ». L’offensive n’est pas sans rappeler celle déjà menée par d’autres boutiques françaises, comme Carmignac Gestion ou Edmond de Rothschild Asset Management, mais Jean-Jacques de Gournay affiche sa confiance : « Nous jouissons d’un nom reconnu, de la stabilité de notre groupe et de la qualité et des performances de notre gestion active et fondamentale », assure-t-il.

En France, la société veut continuer à élargir ses débouchés. « Nous avons débuté notre diversification en 2008, d’abord auprès des conseillers en gestion de patrimoine indépendants, puis des multigérants et banques privées, rappelle Jean-Jacques de Gournay. L’an dernier, nous avons ainsi collecté 100 millions chez les premiers et 300 millions auprès des deux autres catégories. » Pour mieux atteindre les intermédiaires basés en province et se rapprocher de ses clients privés, Lazard Frères Gestion dispose de trois bureaux à Bordeaux, Nantes et Lyon qui complètent son dispositif central. Les distributeurs externes représentent déjà environ 10 % de ses encours, face aux institutionnels (50 %) et particuliers fortunés (40 %). 

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