L’Union Bancaire Privée repart à l’offensive en gestion de fortune

le 06/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Après le rachat d’ABN Amro Suisse, la banque genevoise UBP veut doubler le poids de ses encours en Asie d’ici à cinq ans.

Parallèlement à la restructuration de son asset management(L’Agefi Hebdo du 14 avril), l’Union Bancaire Privée (UBP) donne un nouvel élan à sa gestion de fortune. « D’ici à fin 2012, nous voulons achever l’intégration d’ABN Amro Suisse, lancer notre activité en Asie et renforcer nos capacités de gestion auprès des clients européens à Londres et Luxembourg », déclare Michel Longhini, directeur général de la division de banque privée de l’établissement genevois depuis septembre 2010. Ce transfuge de BNP Paribas, où il conduisait la gestion privée internationale, entend bien contribuer à donner un nouveau souffle à UBP, l’ancien leader mondial de la multigestion alternative. Exposés à l’affaire Madoff, ses encours ont fléchi de 136 milliards de francs suisses (112 milliards d’euros) fin 2007 à 60,7 milliards de francs au 30 juin dernier (voir le tableau). Les trois quarts de ces actifs sont logés dans l’activité de banque privée.

S’y ajoutent désormais les 11 milliards d’euros d’encours (à fin mars) d’ABN Amro Suisse, racheté en août. « Nous avions prévu de nous renforcer dans le conseil patrimonial et juridique, ABN Amro nous apporte son expertise en la matière. Cette banque a aussi développé sa clientèle suisse (domestique, NDLR) en travaillant avec des gérants indépendants, explique Michel Longhini. La décision d’ABN Amro de vendre sa banque privée suisse est symptomatique des choix auxquels font face les grands groupes internationaux multimétiers. Le niveau du franc suisse accentue la stagnation des actifs après les mesures fiscales incitant certains clients à rapatrier une partie de leurs capitaux. » La plupart des acteurs locaux souffrent d’un effet de ciseau entre des charges libellées en francs suisses et des actifs majoritairement en dollars et en euros.

Six à neuf mois pour intégrer ABN

Sur 1.200 employés, UBP compte 150 banquiers privés dans la Confédération helvétique, et ABN Amro Suisse 350 personnes, dont 80 banquiers privés et 30 conseillers juridiques et fiscaux. « Les sources de synergies sont nombreuses, à commencer par les systèmes d’information, la logistique et les immeubles, mais nous ne redistribuerons pas les portefeuilles des banquiers privés pour préserver leurs relations avec leurs clients, assure le responsable de la gestion de fortune. Nous prévoyons six à neuf mois pour mener cette intégration. » Reste à voir si tous les collaborateurs auront leur place sachant qu’UBP a déjà « recruté cette année une vingtaine de personnes en Suisse pour renforcer le suivi des étrangers résidant sur place et des pays émergents (Moyen-Orient, Asie et Europe de l’Est). » Edgar de Picciotto, président du groupe, a en outre annoncé début septembre dans Le Temps que, « à terme, on assistera à une compression des salaires dans les banques (suisses, NDLR) ». « Pour le moment, notre plan de recrutement court jusqu’à fin 2011 mais nous l’avons revu à la baisse pour prendre en compte la conjoncture actuelle », indique Michel Longhini, qui souhaite continuer à se renforcer à Londres et Luxembourg.

Collecter 10 milliards de francs

En Asie, le groupe dispose seulement d’une licence de marchés de capitaux à Singapour et d’une antenne de gestion d’actifs à Hong Kong, où il a récemment annoncé la création de deux coentreprises avec un assureur taïwanais. Dans les deux places, « nous préparons notre demande de licence bancaire, confie le patron de la gestion de fortune. L’Asie représente 7 % de nos actifs et nous voulons que la clientèle locale pèse 10 % à 15 % de nos encours dans cinq ans », sachant qu’UBP vise d’ici là une collecte totale de 10 milliards d’euros auprès de ses clients privés.

Pour cela, il mise sur son statut d’établissement indépendant et familial et sur sa gestion de conviction : « Nous avons un message très tranché car nous ne sommes pas un supermarché de fonds, fait savoir Michel Longhini. Un quart de nos portefeuilles type sont investis dans l’or depuis un an. Nos mandats de gestion affichent ainsi une performance moyenne de +3 % à +5 % depuis le début de l’année. » Arrivé plus tard que d’autres en Extrême-Orient, UBP veut « opter pour un modèle plus efficace et moins cher » afin de ne pas se brûler les ailes : « Le marché asiatique n’est pas le nirvana, même si les banques privées qui affichent une croissance significative de leurs actifs sont celles qui sont présentes là-bas, juge Michel Longhini, qui a passé cinq ans dans la région pour BNP Paribas. Il y a eu beaucoup d’échecs et il ne suffit pas de faire de la banque privée suisse pour réussir. »

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