Centenaire de L'Agefi - Volet 8

L’ombre du patronat

le 14/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Mais qu’allaient donc faire Michelin, Peugeot, la CGE, Pechiney et les autres actionnaires de la société DTI dans la « galère » de L’Agefi et de L’Information. Un placement financier ? Certainement pas. Les finances du groupe Agefi commençaient à se dégrader sensiblement et ces hommes d’entreprise savaient lire un bilan. Alors quoi ? Avaient-ils contracté, comme d’autres industriels avant eux, le virus de la presse ? Peu probable. En revanche, il peut être instructif de rapprocher la reprise de L’Agefi par ces grands acteurs de l’industrie et de la finance d’un autre événement de l’époque, le passage de relais à la tête du Conseil national du patronat français (CNPF), ancêtre du Medef, entre Georges Villiers et Paul Huvelin. Ce dernier, PDG de Kléber-Colombes, est issu, comme son prédécesseur, de la puissante UIMM (l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie, qui défend les intérêts du patronat de l’industrie lourde) ; il est surtout proche de Michelin, son premier actionnaire. Comme président de l’organisation patronale, il va devoir piloter le virage doctrinal du monde de l’entreprise pour l’adapter au nouvel environnement politico-économique. De Gaulle n’aimait guère le grand patronat auquel il reprochait de n’avoir pas résisté pendant la guerre mais il en avait besoin. A ses conditions. Son modèle est dirigiste et sa vision nationale et européenne, alors que le grand patronat avait misé après la guerre sur le libéralisme et la fermeture des frontières (beaucoup d’entreprises ne prisaient guère la concurrence étrangère et avaient combattu la CECA - Communauté européenne du charbon et de l’acier). Un changement d’hommes et d’approche s’avéraient nécessaires. Et, dans ce contexte, le contrôle de journaux comme L’Agefi et L’Information pouvait se révéler utile...

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